Cannabis : mettre fin au dilemme

Personne ne nous fera croire que l’Etat ignore ce qui se passe.
En revanche, on peut s’interroger sur les raisons de son inertie. Qui profite
du système ?

L’affaire du trafic de drogue qui a éclaté par le plus grand des hasards dans le Nord du pays est venue rappeler au Maroc une réalité qu’il a souvent, trop souvent, escamotée parce qu’aucune solution viable n’a été trouvée ou proposée. Les enjeux sociaux et économiques de la culture et du commerce du cannabis sont devenus à ce point importants qu’il est aujourd’hui extrêmement difficile de s’attaquer aux racines du mal. Tout juste se contente-t-on de le contenir en effectuant des prises et en épinglant des dealers de seconde zone et, de temps en temps, quelques gros bonnets trop voyants.
Personne n’est dupe. Depuis quelques années, les superficies cultivées en cannabis sont en augmentation régulière, preuve que le trafic se développe de la même manière. Et, bien sûr, un tel système économique ne peut survivre sans la complicité de représentants de l’autorité à un haut niveau, ou, à tout le moins, leur passivité.
L’affaire de Tétouan a certes éclaté par hasard mais une liste de candidats indésirables aux communales a été établie, démontrant, si besoin était, que les acteurs et les complices du système sont connus. Personne ne nous fera croire que l’Etat ignore ce qui se passe sur ses terres. En revanche, on peut s’interroger sur les raisons de son inertie. Qui profite du système et pourquoi ne veut-on pas donner un coup de pied dans la fourmilière ? Quand on est capable de combattre le terrorisme et de découvrir, chaque jour, une cellule clandestine, on ne peut prétendre être démuni face au fléau de la drogue.
Cela ne peut plus durer. Le Maroc a fait le choix de bâtir l’Etat de droit. Le droit ne doit plus être bafoué.
Reste alors à se déterminer. Si l’on veut faire respecter le droit, il faudra en passer par une éradication totale de la culture du cannabis. Peut-on le faire sans risque de voir s’écrouler le système économique de la région ? Proposer – imposer même – des cultures alternatives n’est pas le plus difficile. Un nombre non négligeable d’acteurs fait vivre la région et est impliqué dans le trafic de drogue. Aller jusqu’au bout signifie que l’on va geler une part importante de l’activité économique et priver de revenus des salariés innocents.
Tout cela a un coût, mais l’Etat de droit suppose des sacrifices et des crises et il en sortira grandi.
Ou alors – c’est la solution de facilité -, il ne reste qu’à légaliser la culture, le commerce et la consommation de cannabis. L’Etat de droit sera ainsi respecté.
Dans tous les cas, le Maroc ne peut plus continuer à nager entre deux eaux.