Au delà  d’une seule femme

Peu importe que le gouvernement compte 30 ministres, une seule femme et pas beaucoup de jeunes, l’important est qu’il assume ses responsabilités.

Une gestation de 35 jours, un gouvernement de 30 ministres et ministres délégués, une structure classique, une seule femme dans l’Exécutif, des départements de souveraineté, un rajeunissement partiel : le gouvernement Benkirane, 30e dans l’histoire du Maroc d’après-indépendance, est né le 3 janvier 2012 et à bien y regarder, il est non seulement dénué d’originalité par rapport aux précédents mais présente même une régression dans certains domaines.

Le gouvernement Abbas El Fassi, par exemple, n’était pas surdimensionné avec ses 33 ministres, eu égard aux 30 qu’a atteint son successeur. Ce même gouvernement El Fassi comptait dans ses effectifs 7 femmes et celui de Jettou, en 2002, 3 femmes, sachant que celui d’Abderrahmane Youssoufi, en 1998 déjà, en comptait 2. Enfin, en matière de fraîcheur, Driss Jettou avait innové il y a 9 ans déjà en proposant, en proportions, autant de profils jeunes et nouveaux que celui d’Abdelilah Benkirane.
Est-ce à dire que ce n’est pas bon, qu’il n’y a pas eu de changements, qu’il n’y a pas eu d’avancées ? Non. La formation du gouvernement Benkirane s’est en fait conformée à un processus institutionnel obligatoire autant qu’à un nouveau cadre dans lequel les partis ont été appelés à prendre leurs responsabilités.

Dans le premier cas, le chef de l’Exécutif ne décide pas seul, car le chef de l’Etat, constitutionnellement, valide les profils, et le Maroc ne fait pas exception. Il y a donc eu tractations qui ont eu pour résultats, d’un côté, le maintien de Mustapha Ramid comme ministrable et la réduction des ministères de souveraineté -seulement 3 aujourd’hui-; et de l’autre côté, des ministres délégués, connus pour leur expérience technique, qui ont été adjoints à des ministres politiques et des candidats qui ont été recalés pour manque de compétence.

Dans le 2e cas, celui de la responsabilité des partis, ce sont d’abord les formations de la majorité qui ont proposé leurs hommes et surtout n’ont pas proposé leurs femmes et leurs jeunes. Ce sont également les formations de la majorité qui ont tenté de placer des candidats non valables dans un but de renvoi d’ascenseur qui ne cadre pas forcément  avec l’intérêt du pays.

Dire donc que rien n’a changé serait réducteur. Le gouvernement Benkirane est à la fois le fruit d’un compromis naturel où Monarchie et chef de gouvernement ont, chacun, eu ses arguments et le résultat d’un processus politique où ce sont les partis eux-mêmes qui ont dessiné la trame de l’Exécutif. Peu importe qu’il comporte 30 ministres et une seule femme. L’essentiel est qu’il assume ses responsabilités, comme le veut la nouvelle Constitution.