Au-delà de la banque…

Un heureux hasard de calendrier a voulu que quelques jours seulement après le discours royal en ouverture du Parlement où le Souverain s’est nommément adressé au secteur bancaire, la Banque centrale publie son traditionnel rapport annuel thématique relatif aux moyens de paiement.

Derrière ce nom qui peut paraître anodin se cache en fait une analyse minutieuse, précise et par moments très critique de l’implication du secteur financier dans les activités économiques.

Le rapport tombe à point nommé. Car cette année, actualité oblige, un nouveau grand chapitre est venu s’ajouter aux volets habituels, à savoir l’inclusion financière. C’est dans la vingtaine de pages consacrées au sujet que se trouve toute la quintessence des propos du discours royal. Qui parle d’inclusion, parle évidemment d’exclusion. Et les indicateurs dévoilés par Bank Al-Maghrib démontrent une bonne fois pour toute l’ampleur du travail qui attend le secteur bancaire, et comme l’a appelé avec force le Souverain, pour étendre l’accès aux services financiers à un maximum de Marocains.

Parmi ces indicateurs, les plus parlants sont ceux qui traitent des disparités de couvertures financières.

A commencer par les disparités spatiales. Trois villes, à elles seules, avec leurs régions respectives, à savoir Casablanca, Rabat et Marrakech, concentrent la moitié de l’ensemble des points d’accès aux services financiers de tout le pays, qu’ils soient agences bancaires, guichets automatiques ou autres points offrant des prestations connexes.

Les inégalités sont encore plus criardes entre le rural et l’urbain. Dans les campagnes, il existe un seul point d’accès aux services financiers pour presque 13 000 habitants contre 1 200 habitants citadins.

Plus forte encore est la ségrégation par genre ayant pour corollaire l’exclusion des femmes qui représentent la moitié de la population. Les deux tiers des comptes bancaires sont détenus par des hommes qui, en plus, se voient octroyer 64% du volume total des crédits distribués par les banques. Il n’y a pas pire injustice.

Dans son discours du 11 octobre, S.M. le Roi a clairement appelé les banques à s’impliquer davantage dans l’effort national qui attend toutes les composantes du pays. Les établissements financiers sont en première ligne de cette bataille du développement aux enjeux bien plus profonds. Et ce pour deux raisons au moins. La première, évidente, est que l’argent est le nerf de la guerre. Qui dit développement, dit forcément activité économique plus intense, création d’emplois, création de richesses et donc investissement. Or, il ne peut y avoir d’investissement sans financement. La seconde raison, enfin, est que l’exclusion du système financier finira par jeter des pans entiers de la population directement dans les bras de l’informel qui, lui, peut ouvrir les portes à des phénomènes bien plus dangereux s’étendant au-delà de l’économique…