Assumons !

8,4% des Marocains ont
contracté un crédit avec intérêts. Faut-il attendre qu’un Qaradawi mette les pieds dans le plat en donnant son avis sur la question ?

Les oulémas du Maroc sont un tant soit peu chatouilleux. Ils ont mal accepté le fait que Youssouf Al Qaradawi, le très médiatisé théologien, de passage au Maroc, «autorise», dans les colonnes du quotidien Attajdid, les Marocains à contracter des crédits bancaires pour acquérir un logement.

Il est vrai qu’il existe de par la loi une instance habilitée à émettre un avis, trancher sur des questions aussi sensibles, édicter une fatwa. Le moins que l’on puisse dire est que M. Qaradawi a manqué de tact. Il aurait pu, l’islam n’ayant ni frontières ni nationalité, donner un point de vue global sur la question du crédit bancaire.

Youssouf Qaradawi a-t-il pour autant commis un crime ? Sans le vouloir (ou peut-être à dessein, qui sait ?), il a mis le doigt sur un problème de fond que l’on ose peu aborder, celui des taux d’intérêt.

Il y a actuellement au Maroc, pays musulman, 6 millions de détenteurs de comptes, entre personnes physiques et morales, et parmi eux, 2,5 millions bénéficient d’un crédit obtenu soit auprès des établissements bancaires de la place soit auprès des sociétés de crédit à la consommation. Ces crédits sont bien entendu accordés avec un taux d’intérêt, à des personnes en quasi-majorité musulmanes et dont la plupart sont pratiquantes. Or, à aujourd’hui, nous n’avons jamais entendu les oulémas prendre position sur ce sujet. Le Maroc, tenaillé entre les impératifs de la modernité économique et le souci de ne pas bousculer des idées figées, fait la sourde oreille. Pourtant, ces 2,5 millions de citoyennes et citoyens, qui représentent 8,4% de la population du pays, aimeraient bien être éclairés sur le sujet. Chacun d’entre-nous s’est, au moins une fois dans sa vie, posé la question : riba, ça veut dire taux d’intérêt ou usure? Un taux d’intérêt à 6% appliqué au commerce de l’argent est-il forcément hram quand la culture musulmane admet communément que, pour le commerce de marchandises, une marge de 33% constitue un gain raisonnable ? Le commerce de l’argent est-il prohibé par l’islam ? Toutes ces questions n’ont pas de réponse et elles nécessitent un éclairage de la part, justement, de ceux qui ont suffisamment de bagage en matière de religion pour pouvoir faire évoluer sa compréhension. Le Maroc doit s’assumer, faute de quoi, la nature ayant horreur du vide, il se trouvera toujours un Qaradawi pour répondre à la question que des Marocains lui ont posée. Bon Ramadan !