Assumer sans avoir à  rougir

Un Etat juste revendique ses droits, assume ses responsabilités et ses erreurs. La communication a encore fait défaut dans les événements de Sidi Ifni.

Les événements survenus à  Sidi Ifni, relayés avec force photos et commentaires par les médias privés, auront fait leur effet. Dans l’esprit de monsieur tout le monde, on aura retenu le tabassage de citoyens par des forces de l’ordre, des images de membres tuméfiés ou de crânes bandés, des récits de violation de domiciles ou de destruction de biens. Jusqu’à  preuve du contraire, il est aujourd’hui établi qu’il n’y a eu ni mort d’homme, ni viols, ni tortures comme la rumeur l’a laissé entendre durant les jours qui ont suivi ce 7 juin.

Regardons les choses autrement. Un tirage au sort, destiné à  fournir un emploi public à  des diplômés chômeurs, génère des frustrations qui éveillent un mécontentement enfoui : celui d’une population qui vit dans la pauvreté et qui veut crier sa misère. Regardons les choses autrement.

Lassée d’un blocus économique du port de la ville, principale source d’activité, qui aura duré 9 jours, désabusée par la rigidité des négociations, l’autorité locale aura fait ce que l’on attend d’elle : disperser les manifestants pour protéger les intérêts d’opérateurs économiques publics et privés, qui sont légitimement en droit de prétendre à  ce que l’Etat se soucie d’eux.

Regardons les effets de tout cela. Des médias privés qui, lectorat oblige, ont choisi l’angle de la victimisation et de la brutalité policière, et des médias et télés officiels qui se sont bornés à  rapporter le bilan chiffré des évènements. L’opinion publique aura bien sûr penché en faveur des plus faibles.

Il est regrettable que les chaà®nes publiques n’aient pas cherché à  aller plus loin dans l’intérêt général bien compris. Témoignages de citoyens victimes d’agressions, récit contradictoire d’agents des forces de l’ordre expliquant pourquoi le dérapage a eu lieu et s’il y avait légitime défense dans certains cas, déclarations de responsables de l’autorité résumant le contexte et les tensions auxquelles il a fallu faire face, débats télévisés sur les limites de l’exercice de l’autorité dans le respect des droits de citoyen…, bref un vrai travail journalistique qui aurait permis d’équilibrer les choses.

Au lieu de tout cela, le citoyen a eu droit à  une déclaration du Premier ministre affirmant placidement que les événements du 7 juin n’étaient qu’une revendication liée au chômage, comme il en existe fréquemment. Non monsieur, un malaise économique et social existe, des citoyens l’ont exprimé, l’Etat a légitimement réagi et il y a eu des abus qu’il faudra sanctionner… de part et d’autre. C’est cela un Etat juste. Il revendique sa puissance, ses droits et assume ses responsabilités et ses erreurs.