Article 51

On demande aux entreprises d’investir et,
en même temps, on veut supprimer cette bouffée d’oxygène pour la trésorerie que représente l’exonération de la TVA sur les biens d’investissement.

Interrogé sur le recours excessif à  l’article 51 qui lui permet de contourner les amendements proposés par les députés, Fathallah Oualalou, dans un entretien accordé à  La Vie éco début octobre, se justifiait par le fait qu’il était de son devoir de «sauvegarder l’équilibre de la Loi de finances».

L’argentier du Royaume est dans son rôle et il a encore sévi cette semaine en brandissant le joker 51 pour maintenir la taxation imposée sur les investissements. Jusque-là , l’acquisition d’actifs destinés à  être immobilisés n’était pas soumise au paiement de la TVA. A partir de janvier 2007, les entreprises qui ont plus de 18 mois d’existence devront s’en acquitter.

Cette mesure, présentée sous l’angle de la sauvegarde des fameux «équilibres macro-économiques», est contre-productive. Elle risque d’être tout simplement un frein à  l’investissement.

Certes, dans l’absolu, l’entreprise ne perd rien sur le plan comptable puisqu’elle s’acquittera d’une taxe récupérable. Mais, dans la pratique, son flux de liquidités sera réduit et sa trésorerie en souffrira. Prenons l’exemple simple du renouvellement d’un parc machines pour 5 MDH, ce qui correspond à  un programme d’investissement tout juste moyen. Avec la nouvelle mesure, l’entreprise devra débourser 1 MDH supplémentaires, ce qui pèsera soit sur ses frais financiers et/ou son plafond de crédit global (fonctionnement + investissement), dans le cas d’un financement bancaire, soit directement sur sa trésorerie quand il s’agit de financement par fonds propres. Dans tous les cas, sa marge de gestion financière accuse le coup.

Il y a manifestement un problème de cohérence dans la politique économique de l’Etat. En même temps que l’on réduit l’aisance financière des entreprises, on n’arrête pas de leur marteler à  coup de slogans qu’il faut penser à  la mise à  niveau, améliorer la productivité, avoir un outil de production plus performant… Comble de la délicatesse, on leur propose même d’avoir recours à  un fonds de restructuration financière pour guérir leur éternelle maladie de trésorerie insuffisante. Quand, de plus, on sait que l’essentiel des entreprises du pays est constitué de PME et que nombre d’entre elles sont prises à  la gorge par leur banquier pour dépassement excessif du plafond des lignes de fonctionnement, on ne peut que rester perplexe devant le geste du gouvernement. Il y a certainement d’autres moyens d’équilibrer le Budget de l’Etat.