Armes de destruction massive

Pourquoi on n’arrive pas à  arrêter l’hémorragie des accidents de la circulation ? Parce que le laxisme est à  tous les étages.

Les tristes records s’accumulent. 4 222 tués sur les routes en 2011, 101 000 blessés dont 12 500 gravement affectés, très probablement handicapés à vie ! Et l’hécatombe continue. Pour les 4 premiers mois de 2012, la hausse dépasse les 5% et, signe inquiétant, c’est en ville que les hausses sont les plus fortes. En milieu urbain aujourd’hui, pour 100 accidents corporels, 8 entraînent des décès. La ville où l’on est pourtant censé rouler à 60 km/h au maximum…quand le trafic le permet.
3 000 km plus loin. En France. Grâce a un très rigoureux plan de lutte contre les accidents de la circulation lancé au cours des années 1990, la France avec ses 38 millions de véhicules a pu réduire la mortalité sur route à moins de 4 000 victimes : un mort pour  9 500 véhicules. Au Maroc, le parc roulant est de 2,7 millions d’unités : un mort pour 640 véhicules. 15 fois plus de risque de mourir d’un accident de la circulation au Maroc qu’en France. L’Allemagne, avec son parc automobile supérieur à celui de la France, en est à 3 700 victimes par an. L’Espagne à 2 000.

Pourquoi n’y arrive-t-on pas ? Pourquoi avec un plan d’urgence, un nouveau Code de la route, des amendes plus sévères, une réforme des centres de visite, de nouvelles règles pour l’obtention du permis de conduire, on continue à pédaler dans la semoule ? La réponse tient en un mot : laxisme. (Voir dossier MAROC-ACCIDENTS)

Et le laxisme est à tous les étages. Face à l’incivisme des Marocains, l’autorité a baissé des bras qu’elle n’a peut-être jamais levés. Le policier qui laisse les motos griller le feu rouge, les taxis entraver la circulation pour prendre des passagers ou les bus rouler à tombeau ouvert ; le gendarme qui ferme les yeux sur le délabrement des autocars ; les supérieurs qui passent un coup de fil pour libérer le contrevenant car «il a des relations» ; les taxis à qui on a légalement permis de se défaire de la contrainte des ceintures de sécurité ; les permis octroyés à des non-méritants ; les corps d’autorité qui ne collaborent pas pour faire marcher le système du permis à points, les radars mobiles qui coexistent bizarrement à côté de radars automatiques, faisant double usage… La dérive s’est tellement banalisée qu’elle ne choque plus. Le volet répressif qui devait finir par créer ce cercle vertueux du changement des comportements des citoyens, comme cela a été le cas en Europe, n’a pas pu prendre racine chez nous. La corruption (plus d’une infraction constatée sur deux), les relations, le manque de moyens et la culture de « llah ysameh» ont créé l’impunité et la criminalité. Jusqu’à quand ?