Antidote de l’informel

Le chantier royal pour la généralisation de la protection sociale s’inscrit exactement dans le prolongement d’un autre chantier d’envergure entamé en 2004, à savoir l’INDH.

Lorsqu’on a évoqué l’AMO en 2002, cela semblait relever plus de l’impossible. Des années plus tard, les résultats sont aujourd’hui là et incontestables. Les deux ont pour trait commun le souci de préserver la dignité humaine. Des filets sociaux universels et institutionnels font en sorte que le citoyen bénéficiaire ne soit plus dépendant, tributaire de la bonne volonté ou des moyens de bienfaiteurs, associations et mécènes. Ce schéma de solidarité est nécessaire, mais reste insuffisant et surtout il a montré ses grandes limites dans des conjonctures difficiles comme la pandémie actuelle.
Peut-on alors réussir facilement le pari de «solvabiliser» certaines catégories de la société ? Sans besoin de benchmarker ailleurs, des expériences ont été menées avec succès au Maroc même. Les plus en vue sont l’INDH, bien ancrée depuis 2004, le formidable développement que connaît le microcrédit au Maroc ou encore les dispositifs tels que le Fogarim qui a permis à des millions de familles sans revenus réguliers, travaillant et vivant presque en dehors des écrans radars, d’obtenir malgré tout des crédits auprès des banques et de pouvoir les rembourser avec, en plus, un risque de défaillance qui n’est pas forcément plus élevé que pour la clientèle classique.
Et c’est justement dans ce sens que le chantier de la généralisation de la protection revêt toute son importance qui dépasse sa dimension première, à savoir l’instauration d’un filet social universel.
Cette généralisation est d’abord un levier pour accélérer d’urgence la mise à niveau du système sanitaire qui se retrouvera sollicité par une nouvelle frange de citoyens. Pour répondre aux besoins d’une population additionnelle de 22 millions de personnes, l’Etat est appelé à y mettre plus de moyens matériels et humains. Ce sera en quelque sorte une réforme au pas forcé plus par la demande que par l’offre.
Ensuite, la généralisation de la protection sociale est la voie royale pour ancrer de manière durable et justifiée la notion du devoir fiscal de tout un chacun. Tout le monde peut aisément comprendre que l’effort collectif, entre autres à travers l’impôt, est inévitable pour le financement d’un tel chantier qui nécessitera 51 milliards de DH par an qui ne peuvent être mobilisés que par un engagement de tous.
Et enfin, l’intégration de millions de personnes et de ménages dans la sphère formelle des services de santé à travers des cotisations, des prestations, des procédures administratives pourrait finalement s’avérer être un meilleur antidote contre ce mal qui ronge l’économie depuis des décennies, à savoir l’informel qui génère éternellement les poches de vulnérabilité.