Anarchie

Si les 3 500 vies perdues chaque année dans les accidents de la circulation justifient bien le durcissement de ton, ils ne justifient pas que l’Etat prenne des libertés
avec la loi.

L’Etat s’est lancé, depuis bientôt deux ans, dans une campagne assez musclée contre les automobilistes qui ne respectent pas le code de la route. Si les 3 500 vies perdues chaque année, les milliers de blessés et le coût matériel subi par les différents acteurs justifient bien le durcissement de ton, ils ne justifient pas que l’Etat, garant du respect de la loi, prenne des libertés avec celle-ci, fût-ce dans un dessein noble. Ainsi en est-il du retrait du permis de conduire. Les agents d’autorité confisquent le précieux document à  celui qui n’a pas les moyens de s’acquitter de l’amende sur le champ. Ainsi, pour une infraction commise, non seulement l’automobiliste doit-il payer mais de plus, il doit subir le désagrément d’aller chercher son permis dans un commissariat. Ce qui se traduit, au minimum, par une demi-journée de travail perdue. Le retrait du permis obéissant à  des conditions bien précises – et certainement pas une banale infraction -, l’Etat se place dans une situation d’abus de pouvoir. Et pourquoi tout cela ? Parce qu’il n’accepte ni les chèques ni les cartes de paiement, qui pourraient résoudre en grande partie le problème, et parce qu’il n’arrive pas à  faire de son système de PV un outil suffisamment efficace. L’Etat viole la loi par commodité. Etant dans l’illégalité, l’Etat ne fournit pas de reçu prouvant que le permis a bel et bien été saisi par l’un de ses agents. La conséquence de cet acte peut donner lieu à  des dérives. On peut conduire un véhicule sans avoir son permis et arguer du fait qu’il vient d’être confisqué ; on peut, à  la suite d’un retrait, commettre autant d’infractions que l’on veut, l’agent d’autorité n’ayant plus de document à  confisquer ; tout comme les services de police peuvent égarer ce permis et laisser l’automobiliste sans recours, puisqu’il n’a pas de preuve matérielle de la saisie du document en question. Interrogés sur la question, les responsables brandissent le texte de loi : ce dernier ne leur fait pas obligation de délivrer un reçu. Ce dernier leur interdit également de faire du permis un outil de recouvrement. L’Etat, donc, combat l’anarchie par l’anarchie. Inacceptable.