Amo : le déficit soutenable

Poser la question de l’équilibre de l’AMO dans un pays qui a grandement besoin d’une couverture médicale de base correcte n’a pas de sens. La vraie question est : combien l’Etat est-il prêt à  mettre de sous dans le système ?

Cinq ans et demi après son lancement le régime de l’Assurance maladie obligatoire commencera à perdre de l’argent, sur le plan de l’exploitation. Les ressources collectées en cotisation pour l’année donnée ne couvriront pas les remboursements de dossiers de maladie, frais de gestion du système et réserves de sécurité. Est-ce une surprise ? En dépit des déclarations rassurantes faites il y a sept mois, lors de l’annonce de l’extension du régime aux soins ambulatoires, il est évident que l’Amo est un système qui, tôt ou tard, engendrera des pertes. Il serait, en ce sens, injuste de pointer du doigt gestionnaires des deux caisses, publique et privée, et régulateur, au motif que leurs prévisions d’il y a sept mois étaient basées sur un scénario trop optimiste. Dans un processus de montée en régime, de courbe d’apprentissage, les critères en jeu comme le nombre de patients susceptibles de s’adresser au système de soins ou encore la probabilité d’occurrence des maladies de longue durée sont extrêmement mouvants.

On le sait, de par le monde, la majorité des systèmes publics de couverture médicale sont en déséquilibre structurel, parce qu’il y a nécessité d’assurer panier de soins minimal, dans le cadre des politiques publiques, tout en gardant le taux de cotisation de l’adhérent à un niveau supportable, à la fois pour l’employé et l’entreprise. A ce niveau de débat, la question essentielle est : Quel est le niveau de déficit soutenable que l’Etat est prêt à prendre en charge et surtout quel est le plan d’action qui va permettre de diminuer la facture sinon, du moins, la stabiliser ? 1,6 milliard de DH, est-ce trop ? La question n’a pas de réponse pour le moment parce qu’il y a également le Ramed, cette Amo des économiquement démunis qu’il faudra financer. Le modèle économique de tout le système de couverture médicale doit être affiné.

En attendant, faut-il reporter l’extension du panier de soins pour ne pas se retrouver dans le déficit ? Non, parce qu’il est plus que jamais nécessaire pour le Maroc d’avoir une offre de base comprenant les soins ambulatoires. Le déficit étant prévu dans deux ans, il est encore temps de le pallier, l’alléger, en prenant quelques mesures comme la visite obligatoire chez un généraliste, préalablement au spécialiste, l’augmentation du taux d’utilisation des génériques, et, dans une vision de plus long terme, la prévention des maladies. Il faut avancer, quitte à financer un peu au début et corriger ensuite.