Amo «dial oualou» ?

Que répondre au salarié du privé qui cotise chaque mois et qui découvre qu’il doit attendre d’avoir un diabète ou une maladie de Crohn pour être pris en charge, alors que ceux du public ont un panier de soins complet ?

Il y a souvent un gap entre le bien-fondé d’une décision prise au bénéfice de la communauté et la perception de ce bénéfice par les populations qui en profitent. Le cas de l’Amo illustre parfaitement cette incompréhension.

Mise en place il y a un an, l’assurance maladie obligatoire a permis à 5,4 millions de personnes, soit 18% de la population marocaine, d’être couvertes par une assurance maladie. La moitié de ces heureux éligibles travaille dans le public et bénéficiait des services des mutuelles de l’Etat. L’autre moitié est constituée de salariés du privé dont jusque-là seulement 300 000 cotisaient à une assurance. En clair, ce sont 2,4 millions de personnes supplémentaires qui ont bénéficié d’une assurance maladie.

Mais il y a un hic. L’Amo dont bénéficient les salariés du privé ne couvre que les 43 maladies regroupées sous la bannière des affections coûteuses et celles de longue durée, auxquelles s’ajoutent les frais de maternité, l’hospitalisation et la prise en charge totale des descendants jusqu’à l’âge de 12 ans. La cause de ces restrictions est, bien sûr, d’ordre financier, les 3,8 milliards de DH de cotisations annuelles étant insuffisants pour donner accès à une couverture totale. Et puis, rétorquera-t-on, c’est déjà bien beau d’avoir tout cela.

Le salarié nouvellement estampillé Amo, lui, ne voit pas les choses ainsi. Il cotise, et quand il s’agit d’aller chez le médecin pour une maladie courante, une jambe cassée, un coup de froid, il débourse… quand il le peut. Depuis quelques mois, La Vie éco reçoit régulièrement des coups de fil à ce sujet. On a beau jeu d’expliquer que les soins ambulatoires ne sont pas… Que voulez-vous répondre à un salarié qui vous rétorque que ça lui fait une belle jambe de cotiser chaque mois dans le secret espoir d’être pris en charge le jour où il aura un diabète, une maladie de Crohn évolutive ou un lupus érythémateux aigu disséminé ? Il en vient presque à souhaiter d’avoir ces maladies pour goûter aux délices du remboursement !

Il y a manifestement une distorsion à corriger dans ce système qui est déja discriminatoire et qui devrait le devenir encore plus. Face aux salariés du privé qui devront se contenter d’un minimum, non seulement ceux du public bénéficient d’un panier de soins complet mais, de plus, les démunis qui ne cotisent pas auront, eux aussi, avec le Ramed une couverture complète. Est-ce juste ? Forcément non, et un rééquilibrage est nécessaire.