AMO 2.0

Pour fonctionner, la nouvelle AMO a besoin d’un filet de securité, de corps
et établissements conventionnés et d’une participation des prescripteurs dans la diffusion des génériques.

L’extension de l’Assurance maladie obligatoire aux soins ambulatoires sans surcoût, ni pour les salariés ni pour les patrons, est, sans conteste, la bonne nouvelle de ce mois de mars. En trois ans, le système n’a profité qu’à peu de personnes, en partie à cause de son caractère exclusif (pathologies lourdes, enfants en bas âge, femmes enceintes), mais également, et on oublie de le signaler, en raison d’une communication qui n’a pas donné les effets escomptés auprès des médecins prescripteurs et des salariés, usagers.
C’est pour cette dernière raison qu’il ne faut pas crier victoire trop tôt. On accuse la CGEM d’être contre l’extension de l’AMO. Le raisonnement sous-jacent est que les patrons craignent un alourdissement de leurs charges et que les assureurs, parmi eux, voient basculer une partie des 300 000 salariés qu’ils ont en portefeuille vers le système public. Il s’agirait, dans le cas d’espèce, d’un lobbying légitime. Mais, la CGEM, elle, assure que ses réticences portent plutôt sur les risques systémiques. Celui de l’inexistence d’un filet de sécurité au cas où l’AMO des privés en viendrait à se retrouver sans l’incapacité d’honorer les prestations aux malades, du fait d’une adhésion massive et d’une surconsommation de soins médicaux. Celui également d’un détournement du système au profit des non-salariés, en cas de retard de la mise en place du Ramed. Le risque existe et il doit être pris très au sérieux.
La deuxième raison qui conditionne le succès de l’AMO est celle de la participation des acteurs. Y a-t-il suffisamment de corps et d’établissements conventionnés pour permettre aux patients de ne débourser que le tiers payant ? Bien évidemment, non. Or, il s’agit-là d’une des clés de la réussite d’un système d’assurance médicale. En permettant aux assurés de ne payer que le montant sur lequel ils ne seront pas remboursés, on accroît les consultations chez les médecins et les actes d’hospitalisation, dans l’objectif salutaire d’éviter les problèmes d’automédication et de détecter, prendre en charge, les maladies avant qu’elles ne deviennent trop coûteuses pour les malades et les organes gestionnaires.
Enfin, troisième raison, le coût du panier des médicaments. La majorité des médecins privés prescrit aujourd’hui des princeps au lieu de génériques, par manque de confiance. Or, sachant qu’un générique est 35% moins cher et que le taux de remboursement est de 70% sur la base du générique, l’achat d’un princeps reviendrait pour le patient à être remboursé à hauteur de 45,5% de ce qu’il aura déboursé. Place à l’automédication, tout le contraire de l’objectif recherché par l’AMO.