«La mode d’emplois»

Quel crédit faut-il accorder à  cette nouvelle promesse que s’apprête à  faire le gouvernement, à  savoir qu’il va créer 250000 emplois par an d’ici la fin de son mandat ?

Quel crédit faut-il accorder à cette nouvelle promesse que s’apprête à faire le gouvernement, à savoir qu’il va créer 250000 emplois par an d’ici la fin de son mandat ? Que faut-il en penser quand les chiffres les plus officiels du HCP nous disent que, de l’autre côté, ce sont en fait pas moins de 300 000 nouveaux demandeurs d’emplois qui arrivent chaque année sur le marché du travail ? La CGEM, elle, est plus pessimiste car elle les estime à 400 000.

Donc, en fait, quand bien même il y aurait 250 000 emplois par an, cela ne permettra pas de résorber le déficit.

Mais intéressons-nous d’abord à ce chiffre vraisemblablement retenu dans la nouvelle feuille de route que veut s’imposer le gouvernement. Si ce dernier l’avance, c’est qu’il doit avoir des raisons valables d’y croire. Sauf qu’il devra le démontrer par A+B. Or les chiffres sont têtus. Durant la première décennie des années 2000, on s’en rappelle, on a pu assister certaines années à des niveaux jamais atteints en termes de création d’emplois, pouvant aller jusqu’à 400000.

Mais à cette époque, il faut se rappeler aussi du contexte. D’abord, l’économie mondiale tout entière était au paroxysme de l’euphorie et la demande extérieure adressée au Maroc, notamment par son premier client qu’est l’Europe, garnissait les carnets de commandes des entreprises. Ensuite, sur le plan interne, on se rappelle bien de la fièvre des grands chantiers d’infrastructures publiques. Le défi relevé des 1 500 kilomètres d’autoroutes, le méga projet de Tanger Med et de la zone industrielle de Melloussa, les grands stades, le boom immobilier de villes comme Marrakech et Tanger, les grandes stations du plan Azur et bien d’autres étaient autant de pourvoyeurs d’emplois. Aujourd’hui, la donne a totalement changé.

L’Etat a d’abord réduit de manière drastique ses projets d’investissement sous la pression des contraintes budgétaires. D’un autre côté, les économies européennes n’ont toujours pas confirmé leur sortie de crise. Loin de là. Certes, le Maroc a réussi à s’adapter au retournement de la conjoncture en montant en puissance sur de nouveaux secteurs. Mais cela ne suffit pas à satisfaire toute la demande.

Et puis, au-delà de tout, jusqu’à quand continuera-t-on à aborder cette problématique de l’emploi de manière unilatérale et parcellaire ? Cette année, à peine 17 000 emplois sont prévus dans le secteur public au titre de la Loi de finances. Durant les années fastes, il s’en créait tout au plus quelque 30 000 postes budgétaires. Le reste est le fait du secteur privé et, dans une moindre mesure, de certaines grandes entreprises publiques.

Donc, en toute logique, si annonce il y a, elle devrait se faire après concertations avec le secteur privé qui est, in fine, le premier concerné. Or, en 2010, quand il avait lancé son pacte national pour l’emploi, le secteur privé estimait que la création de 250 000 postes est possible à la seule condition d’avoir une croissance d’au moins 6,5% par an. On en est encore loin…