Agir ou subir ?

Le Maroc accueillera en 2016 la COP22 qui se tiendra en novembre prochain à Marrakech. Une conférence placée sous le signe de l’action après une COP21 marquée par des décisions importantes.

Le Maroc est l’un des pays les mieux placés à ce titre pour vivre lui-même les retombées directes et néfastes du changement climatique et pour savoir aussi que contre les aléas du ciel, il n’y a pas de place pour les beaux discours. C’est l’action, bien entendu, réfléchie, mais rapide sur le terrain qui prime et qui donne du résultat même si c’est à moyen ou long terme. On ne cessera jamais, encore plus aujourd’hui, de louer le caractère clairvoyant de la politique des barrages lancée il y a plusieurs décennies à un moment pourtant où la menace hydrique n’était pas tellement grande.

Pendant longtemps, la croissance du pays et toute son économie sont restées tributaires du ciel. Quand on scrute la courbe d’évolution du PIB, on peut facilement deviner les périodes de grande sécheresse. Mais grâce encore une fois à l’action, cette volatilité s’est nettement atténuée depuis quelques années, depuis précisément que le Royaume a décidé d’autonomiser son secteur agricole, et par ricochet son économie, de la pluie à travers le Plan Maroc Vert.

Mais cette «immunité» de l’agriculture devait passer d’abord par des changements de paradigmes. Le premier consistait à redéfinir le périmètre de cette agriculture pour se rendre compte d’un premier paradoxe : l’agriculture ne se résume pas seulement à de la céréaliculture. Loin de là. Le Plan Maroc Vert a permis de reconfigurer le secteur agricole autour de nombreuses autres filières moins dépendantes de la pluviométrie et parfois plus rémunératrices pour les agriculteurs.

L’autre révolution qu’il a fallu opérer consistait à accepter, une fois pour toutes, le caractère structurel de la sécheresse.

Cette révolution ne relève pas seulement du domaine du conceptuel. Elle s’est traduite dans les faits par des évolutions majeures au Maroc telles que les investissements massifs dans les moyens d’irrigation plus économes ou encore la généralisation de l’assurance sécheresse.

Aujourd’hui, presque 1 million d’hectares sont couverts par cette assurance. Dans les décennies 80 et 90, une année sèche était synonyme d’effondrement de l’économie et de situation d’urgence pour l’Etat qui devait parer à la catastrophe par ses propres moyens quand il en disposait. Loin du registre agricole, l’engagement du Maroc dans une stratégie lourde de reconversion aux énergies renouvelables relève du même état d’esprit, à savoir qu’il coûte beaucoup moins cher d’agir maintenant, quitte à se priver de ressources actuelles mobilisées pour le futur, que de subir plus tard des dégâts dont personne ne peut mesurer l’ampleur.