Affaire rondement malmenée

C’est en engageant les prémices de la libéralisation portuaire, il y a deux ans, que des discussions auraient dû être menées avec les corps de métiers et les syndicats pour traiter le vrai problème qui surgit aujourd’hui : celui du sureffectif.

A l’heure o๠nous mettions sous presse, le conflit opposant les dockers au gouvernement, concernant les conséquences de la libéralisation des ports, n’était toujours pas résolu. Tout indiquait cependant que l’on s’acheminait vers une solution dont le point nodal serait la sauvegarde de l’emploi pour les 1 090 dockers du port de Casablanca et, par extension, les emplois des 1 000 autres travaillant dans les différents ports du Maroc.

Tout finit bien ? Pour le moment, car les concessions présentées par l’Etat ont tout l’air d’un boomerang qui risque de revenir à  la face du prochain gouvernement. En effet, le gouvernement s’est engagé à  maintenir les emplois pour tous les dockers, restait juste la question de la formule à  choisir : est-ce la future Somaport, créée par la Comanav, qui endosserait cet engagement ou, comme le demandent les syndicats, l’Etat de manière générale ?

Dans les deux cas, le scénario est bancal. Engager la Somaport dans un plan d’emploi forcé, à  travers une clause dans le cahier des charges de la concession, c’est réduire sa compétitivité, mettre en péril sa rentabilité future et se retrouver avec un seul opérateur en fin de compte. O๠est la concurrence voulue par la libéralisation dans ce cas ? Engager l’Etat dans un plan de maintien de l’emploi sans contraintes pour la Somaport, c’est se retrouver avec un nouveau feuilleton de chômeurs qu’il faudra bel et bien caser ou recycler. On le sait, l’Etat n’excelle pas en la
matière.
De fait, si la libéralisation de l’activité portuaire est une nécessité pour un Maroc appelé à  devenir une plateforme logistique, si les coûts de prestation doivent baisser comme l’ont souligné les différentes études de compétitivité des entreprises, ce plan ne saurait faire l’économie d’un dégraissage. Tous les acteurs intéressés par la question l’affirment : il y a un sureffectif au niveau des ports.

La réaction de l’Etat pour trouver une solution au problème de l’emploi des dockers est, en conséquence, tardive et la solution ne peut qu’être provisoire. C’est en engageant les prémices de la libéralisation, il y a deux ans, que des discussions auraient dû être menées avec les corps de métiers et les syndicats. On aurait pu, par exemple, prévoir un plan de départs volontaires dans la foulée de ce qu’a fait l’administration. Discuter à  quelques jours de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, c’est comme freiner dans un virage : il y a toujours des dérapages.