Abus de protection

En marge des débats qui accompagneront l’examen du projet de Loi de finances et profitant de la montée en puissance, à juste titre, du plaidoyer en faveur de la production nationale, certains opérateurs dans différentes filières vont surfer sur la vague pour tenter d’obtenir des protections de la part de l’État.

 

Et on les voit déjà à l’œuvre dans l’enceinte du Parlement où des élus, soit eux-mêmes opérateurs ou parfois agissant pour le compte d’opérateurs, usent de tous les subterfuges possibles et imaginables.
Pourtant les choses sont très claires : il s’agit aujourd’hui de promouvoir la production nationale quand elle existe réellement et quand elle est suffisamment abondante pour couvrir la demande locale et non pas de protéger une ou quelques entreprises, même si leur production est faible ou marginale. Cela deviendrait de la rente et du protectionnisme injustifiable et préjudiciable.
Injustifiable d’abord, parce que le Maroc a des engagements à l’international et adhère à des conventions qui encadrent de manière précise la question des barrières tarifaires. L’Organisation mondiale du commerce reconnaît naturellement à tout pays le droit de vouloir protéger son économie à travers des tarifs douaniers. Mais à condition que le préjudice porté aux producteurs nationaux soit dûment justifié, clairement établi et démontré. A titre d’exemple, depuis longtemps, le Maroc rétablit chaque année à des dates fixes des droits de douane plus élevés sur les céréales, mais de manière provisoire pour quelques mois seulement afin de permettre aux producteurs marocains d’écouler leur récolte. Une mesure dont le caractère social et économique ne fait aucun doute.
Ces dernières années, le Maroc a été également amené à prendre des mesures douanières et tarifaires dissuasives pour contrer les importations massives de certains produits comme le cahier scolaire, l’acier, le bois et dérivés, l’aluminium et autres. Ces décisions étaient fondées au vu du préjudice économique subi et de situations avérées de dumping proscrit par les lois internationales. Que des producteurs viennent aujourd’hui exiger des protections alors qu’ils ne pèsent pas lourd dans le marché en termes de volumes, cela ne relèverait-il pas seulement de la protection d’intérêts personnels ? Comment un opérateur produisant 5 000 ou 10 000 tonnes peut-il raisonnablement revendiquer la protection sur un marché où la demande est de 200 000 tonnes, dont le tiers à peine est couvert par la production locale ?
En plus d’être injustifié, un tel protectionnisme «populiste» serait aussi et surtout préjudiciable au consommateur.
Dans le cas de filières ne couvrant pas les besoins du marché national, le consommateur, tôt ou tard et mathématiquement, n’aura pas d’autre choix que d’acheter des produits importés qu’il paiera nécessairement plus chers. Au profit de qui ?
Ce n’est certainement pas de cette manière que l’on peut prétendre promouvoir et muscler le produit national…