Abus de pouvoir

Qui a donné l’autorisation d’utiliser ces radars illégaux ? Nous sommes dans le schéma d’un Etat d’abus de pouvoir contre celui du droit alors que tout ce beau monde relève d’une seule entité : l’exécutif.

Il faut l’entendre pour le croire ! Mercredi 29 décembre, Karim Ghellab, ministre de l’équipement et du transport, représentant l’exécutif, en réponse à la question d’un député concernant l’usage de radars de contrôle de vitesse illégaux, reconnaissait que le gouvernement était au courant de cet abus, que les appareils de contrôle sont bel et bien illégaux et que des agents verbalisateurs de la Gendarmerie royale sont en infraction. Pour toute réponse il invitait les citoyens à user de leurs droits en recourant aux tribunaux et indiquait que le gouvernement allait prendre ses dispositions pour faire cesser ces pratiques.

Monsieur le ministre, les citoyens que nous sommes vous remercions de savoir que nous pouvons nous adresser à des tribunaux qui ne fonctionnent pas, et sommes ravis de savoir que le gouvernement se préoccupe enfin de la question, mais permettez-nous de vous poser à notre tour une seule question : A quoi sert ce nouveau Code de la route, censé être plus respectueux de nos droits, et à propos duquel vous vous êtes battu avec un courage exemplaire, si même l’Etat que vous représentez ne le respecte pas ? Le minimum aurait été de vous engager à ce que les citoyens verbalisés soient remboursés et à ce que le retrait de leurs points du permis soit annulé.

Mardi 4 janvier, alors que le gouvernement avait promis de «prendre ses dispositions», depuis une semaine, sur la route menant à l’aéroport Mohammed V de Casa, le contrôle, par l’entremise de ses radars illégaux, continuait, nous l’avons constaté de visu et pris en photo.

Et pourtant, à quelques jours de l’entrée en vigueur du nouveau Code de la route, des instructions écrites avaient été données pour le ramassage des 700 radars mobiles frappés d’obsolescence législative. Comment ces radars sont-ils réapparus ? Qui en a donné l’autorisation ? L’agent verbalisateur en infraction ne peut agir de sa propre initiative, il a bien fallu qu’un supérieur hiérarchique l’autorise à utiliser ces appareils. Pourquoi ? Dans quel but ? Qu’est-ce que ça rapporte, aux uns et aux autres? Car l’infraction profite bien à quelqu’un…

Concrètement, une administration est impuissante devant les abus de pouvoir commis par les agents d’une autre administration, alors que toutes deux sont placées sous la tutelle du Premier ministre. Nous sommes dans le schéma d’un Etat contre l’Etat. Un pari ? Dans cette affaire de violation de la loi, personne ne va être sanctionné et c’est l’Etat de droit qui sera encore une fois bafoué.