Abus de méfiance

A l’image d’un manager, un ministre doit s’entourer des compétences, leur faire confiance, savoir les écouter et être capable d’animer et faire travailler ses équipes avec pour seul et unique objectif : l’intérêt général.

Méfiance à l’égard de tout et de tous ! C’est le mot d’ordre que se sont donné beaucoup de ministres du nouveau gouvernement depuis qu’ils ont pris leurs fonctions il y a plus d’un an. Le principe est simple à comprendre : tous ceux qui faisaient partie de l’ancien système ou qui gravitaient autour ne peuvent pas être des partenaires fiables. Tout le monde y est passé : aussi bien les fonctionnaires eux-mêmes à l’intérieur des administrations que les partenaires externes comme les bureaux d’études, les consultants et prestataires divers.

Il faut d’ailleurs remarquer l’étonnante rapidité avec laquelle on s’est empressé de faire voter en priorité et d’appliquer la loi sur les nominations des hauts responsables. Aujourd’hui encore, beaucoup de postes sont vacants, des administrations dirigées par des intérimaires…

Du coup, dans de nombreux ministères, administrations ou offices, tous les projets ou presque ont été stoppés net. Toutes les études et réflexions en cours interrompues. Et surtout beaucoup de réformes, pourtant urgentes, ont été retardées de plusieurs mois.

Dans d’autres cas, on a vu des ministres scander tout haut à leurs équipes que l’on pouvait se passer d’expertise externe et qu’on était capable de tout faire avec les moyens internes. On a alors fait table rase de tout ce qui existait avant pour tenter de réinventer la roue.

Une telle démarche peut être justifiée quand il s’agit de réinstaurer la transparence et l’équité dans les relations avec les prestataires externes, notamment privés, de rectifier le tir sur des dossiers importants ou des réformes structurantes. Mais le fait est que dans de nombreux cas, cela a été fait surtout avec la logique simple et basique de raser tout ce qui peut rappeler le prédécesseur.

Aujourd’hui, certains ministres ont, finalement, dû se rendre à l’évidence qu’il vaut mieux construire sur ce qui existe déjà quand il est valable, bien entendu. Il n’y a pas de honte à poursuivre une œuvre entamée par son prédécesseur ni à reconnaître les compétences des personnes même quand il s’agit des collaborateurs des anciens. Un ministre n’est pas censé être un superman qui doit tout savoir sur tout. En revanche, à l’image d’un manager, il doit s’entourer des compétences, leur faire confiance, savoir les écouter et être capable d’animer et faire travailler ses équipes avec pour seul et unique objectif : l’intérêt général.