«Alea jacta est»

Les producteurs marocains ont certes des droits…
le consommateur aussi.

En concluant l’accord de libre-échange (ALE) avec les Etats-Unis, le Maroc réalise une belle opération. Nombreux sont en effet les pays qui auraient aimé en faire de même et qui n’auraient pas hésité à faire des concessions pour l’obtenir.
Mais l’accord de libre-échange n’est pas une simple affaire de prestige ou d’égo. C’est d’abord une affaire d’intérêt. Alors, où est l’intérêt marocain dans cette affaire ?
Comme son nom l’indique, l’ALE signifie que la plupart des biens et services pourront être librement achetés ou vendus entre les deux pays, sans obstacles douaniers, tarifaires, quotas ou autres. Nous disons bien la plupart puisque les produits «sensibles» font souvent l’objet de clauses particulières. Les produits sensibles sont ceux dont le libre-échange peut provoquer une menace certaine pour l’un des deux pays.
Le marché intérieur marocain est trop minuscule pour susciter un intérêt national aux USA. Par contre, grâce au libre-échange, le Maroc devient potentiellement une plateforme exceptionnelle entre les Etats-Unis, l’Europe et quelques pays arabes avec lesquels le Maroc dispose d’un accord semblable. Grâce à ces accords de libre commerce, le Maroc devient attractif pour les investisseurs.
Pour le reste, c’est-à-dire, les échanges commerciaux bilatéraux, l’enjeu n’est pas colossal. Ni immédiat. Les marchandises marocaines ne vont pas envahir le marché américain. Ni l’inverse. Peut-être dans quelques secteurs et tout cela restera, de toutes les façons, limité.
C’est dans l’investissement que réside le pari marocain. Notre pays devient le seul pays de la région à disposer de ce potentiel de plateforme euro-américano-arabe. Il ne le restera pas pendant longtemps car d’autres pays arabes ont émis le souhait de suivre les traces du Maroc.
Quant aux secteurs qui sont plus ou moins menacés, à court ou à long terme, il faut rappeler que la libéralisation progressive du commerce extérieur marocain remonte au début des années quatre-vingt. Elle est en tout cas inéluctable. Un nouvel accord de libre-échange n’est qu’un pas de plus dans cette voie. Et une opportunité pour les entrepreneurs marocains.
La modernisation de l’économie marocaine passe, entre autres, par la suppression des rentes. La protection douanière est acceptable quand elle est transitoire. Mais quand elle est trop élevée ou quand elle dure longtemps, elle devient simplement une rente. Les producteurs marocains ont certes des droits. Les consommateurs aussi…