A table

Plutôt que de punir d’emprisonnement le fait
de manger en public pendant
ramadan, une forte
amende est une sanction
plus indiquée.

La tentative de rupture publique et collective du jeûne, organisée par un groupe de personnes en guise de protestation contre un article du Code pénal pénalisant l’acte de manger dans un lieu public pendant le mois sacré, a divisé nombre de Marocains sur la question. On a crié au sacrilège comme on a été offensé par ce que l’on considère comme une atteinte aux libertés.
Or, dans cet énième cas d’affrontement entre partisans d’une laïcité et conservateurs, l’acte entrepris pour dénoncer ce qui est considéré comme une injustice est plus grave que l’injustice elle-même. On l’oublie souvent, le Maroc est un pays conservateur et où les coutumes et des interprétations sont aussi prégnantes que les recommandations de l’islam, religion d’Etat. En ce sens, ne pas jeûner, et à plus forte raison manger en public, est considéré comme un péché autrement plus condamnable que ne pas faire sa prière. A contrario, dans les pays d’Afrique subsaharienne, c’est le fait de ne pas prier qui prend le pas en terme de gravité et, en Iran, il est possible, moyennant une dîme à payer à l’Etat, de manger pendant Ramadan. Résumons donc. Carême et prière sont deux piliers de l’islam, mais leur importance varie d’une société à l’autre, d’un milieu socio-religieux à l’autre, résultat d’une stratification de croyances d’une construction d’us liés au vécu de chaque pays.
Au Maroc, la manifestation visant à rompre publiquement et collectivement le jeûne, en ameutant qui plus est la presse étrangère, ne pouvait qu’être considérée comme une provocation, à la fois par les autorités et par la population. Il s’agit d’une maladresse et d’une bêtise. On ne choque pas la population, on ne va pas à contre-courant de la volonté d’une société juste parce que la pénalisation est inacceptable pour le principe. Personne n’est interdit de manger pendant le Ramadan chez lui. Cela dit, il serait bon de se pencher sur le fond de la question. Faut-il sanctionner ou pas ? La sanction est-elle adaptée ? A la première question, il est évident que la société n’accepte pas l’acte et la loi est en phase avec ses aspirations. A la seconde question la réponse est plus nuancée. Le Code pénal punit d’un à six mois de prison le fait de manger en public pendant Ramadan. Manger, un acte banal, sans danger pour autrui. Le Code de la route, lui, punit de 400 DH, seulement, le fait de griller un feu rouge, avec le risque de tuer quelqu’un. Qui est le plus grave des actes ? Est-il logique d’envoyer en prison pour six mois quelqu’un juste parce qu’il a mangé en public, sachant que la prison peut détruire son avenir. Une forte amende serait plus indiquée, n’est-ce pas ?