A quoi servent les conseillers ?

La Chambre des conseillers sera reconstituée aujourd’hui pour un nouveau mandat de six années. La classe politique est donc forcément et naturellement obnubilée par les résultats des urnes et les sièges que remporteront les uns et les autres.

Pourtant, à la veille de ce scrutin, il aurait peut-être fallu aussi en profiter pour faire un arrêt afin de méditer, d’analyser et de se poser des questions de fond sur le travail de cette deuxième Chambre. 

Il ne s’agit pas seulement de faire un bilan quantitatif, chiffré en termes de nombre de réunions, du nombre d’heures travaillées, du nombre de questions orales adressées au gouvernement, mais d’aller au-delà pour s’interroger sur le véritable apport de la deuxième Chambre au pays. 

Une sorte d’autocritique que les conseillers auraient dû faire quant à l’efficience de leur action et même, question profondément existentielle, quant à l’importance ou non d’une telle institution. Loin de nous l’idée, que pourtant certains tentent de défendre, selon laquelle la deuxième Chambre serait de moindre importance à tel point que l’on pourrait ou devrait s’en passer.

Les adeptes de cette thèse avancent comme argument que la deuxième Chambre ferait doublon avec le Conseil économique et social. Mais les expériences des grandes démocraties ont démontré jusque-là que le bicaméralisme a cette vertu d’assurer l’équilibre des pouvoirs à l’intérieur de la même institution, en l’occurrence le Parlement, sans pour autant franchir la ligne rouge de la séparation des pouvoirs. 

Les élus de la nation exercent un pouvoir de contrôle sur le législatif. Mais quid des élus eux-mêmes ? C’est de ce souci d’autocontrôle, entre autres, qu’est né le principe du bicaméralisme.

L’autocritique devrait plutôt se faire dans le sens de l’amélioration du rendement sur le plan qualitatif de la deuxième Chambre et d’en faire un véritable porte-drapeau de la sphère professionnelle dont les préoccupations, les agendas et les priorités ne sont pas forcément alignés sur ceux des partis politiques. 

La Chambre des conseillers est d’autant plus à coloration «entrepreneuriale» qu’on devrait se poser la question quant à son coût rapporté à son rendement.

A la veille d’un mandat qui va durer encore six ans et au moment où le Maroc va affronter de plus en plus des années décisives pour asseoir et réussir sa métamorphose économique, avec de grands projets comme la régionalisation, cela ne serait pas un luxe de s’assurer de l’efficacité des instances à qui les Marocains vont confier le pilotage d’une phase cruciale pour le pays.