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L’Etat vit au-dessus de ses moyens et doit impérativement dégraisser. Il doit recouvrer de manière plus rigoureuse les impôts et surtout se débarrasser de ses entreprises publiques budgétivores pour se consacrer au plus urgent.

Ce sont là, en substance, quelques-unes des mesures phares que l’Union européenne a décidé d’imposer à la Grèce en contrepartie des milliards d’euros qui seront servis pour la sauver de la banqueroute.

Etrangement, l’énoncé de ces conditions rappelle ce qu’avait décrété le FMI en 1989, mais cette fois-ci au Maroc, au moment où ce dernier était sur le point de se soumettre au tristement célèbre Programme d’ajustement structurel (PAS). C’est bien en 1989, par exemple, que l’Etat marocain a décrété les premières privatisations.

Il est toujours plus confortable pour un pays d’enclencher de manière souveraine ses propres réformes que de se les voir imposer de manière parfois humiliante.

Mais pour garder ce confort, il y a souvent des décisions douloureuses qu’il faut s’imposer et surtout une dose de courage pour reconnaître les échecs, appeler les choses par leurs noms, faire des diagnostics justes sans complaisance et sans excès d’autosatisfaction.

Et pour cela, les décideurs, l’administration, le gouvernement doivent constamment être challengés par des institutions qui tirent leur crédibilité de leur indépendance. C’est le cas, par exemple, du Conseil supérieur de l’éducation et de la formation qui a mis tout le monde devant ses responsabilité en dressant un état des lieux fort inquiétant, en mettant le doigt sur les vrais problèmes qui fâchent, que cela plaise au gouvernement ou non, car la réforme de l’école aujourd’hui déterminera le sort du pays dans 20 ans et plus.

L’autre exemple de ces miroirs qui renvoient au gouvernement une image qui ne lui plaît pas souvent est celui du Haut commissariat au Plan gardien du temple de la statistique au Maroc.

De manière épisodique cette institution se retrouve presque en conflit ouvert avec le gouvernement. On l’a déjà vu du temps de Driss Jettou et de Abbas El Fassi. Aujourd’hui encore plus avec le gouvernement Benkirane qui ne voit pas toujours d’un bon œil les statistiques véridiques et scientifiques du HCP.

Pourtant, c’est cette «impertinence» du HCP et ses indépendances qui donnent du crédit au Maroc et à ses chiffres vis-à-vis des investisseurs et partenaires étrangers. Il ne faut pas gaspiller ce capital.

Et ce n’est pas par hasard que l’Union européenne a exigé de la Grèce de se doter d’une vraie institution de statistique indépendante du gouvernement, seul gage de la crédibilité des chiffres sur lesquels d’ailleurs sont bâties toutes les politiques publiques…