2052…daba !

Experts, analystes, spécialistes, universitaires se penchent activement depuis plusieurs mois sur la question du capital immatériel et de la richesse globale du Maroc dans le cadre, entre autres, des travaux du Conseil économique et social. Dans une de ces journées de travail, tenue récemment, les membres du conseil ont eu à découvrir des chiffres qui méritent réflexion. Ainsi, selon les dernières projections, très sérieuses par ailleurs, s’il continue à évoluer au même rythme et avec les mêmes taux de croissance, qui se situent généralement dans une fourchette de 3 à 5%, le Maroc peut espérer rejoindre la catégorie des pays dits développés… en 2052. Ces pays sont catégorisés ainsi en fonction de certains critères comme le PIB, le revenu par tête d’habitant, les indicateurs de développement humain…

Or, il se trouve qu’en 2052, quand le Maroc aura atteint ce niveau, forcément les standards de classement auront évolué, à la hausse évidemment. Dans 40 années, un pays avec un revenu de 10 000 dollars par habitant et par an ne sera probablement pas considéré comme étant un pays développé. Du coup, même en évoluant, le Maroc se retrouvera, en fait, en train de faire du surplace si ce n’est de reculer.

Conclusion : si le Maroc veut réellement accéder aux divisions supérieures, dont nous ne sommes pas loin d’ailleurs, il est condamné à opérer aujourd’hui une rupture, une vraie, en termes de modèle de croissance aussi bien sur le plan quantitatif que qualitatif. Passer d’une moyenne de 4% à une moyenne durable de 8% de croissance avec, en plus, un contenu en emplois pérennes, bien payés et non pas précaires, sans oublier les dimensions environnementale, développement durable et impact sociétal. Parce qu’une croissance qui n’a pas d’impact sur l’emploi, sur les conditions de vie de l’individu, ne peut être que fragile.

Cette croissance globale n’est pas le fait des entreprises à elles seules. La rupture doit s’opérer à tous les niveaux de la société et dans tous les compartiments, dans le privé comme dans le public.

Dans un aparté avec le patron d’une grande entreprise publique, et non des moindres, opérant dans un secteur des plus névralgiques pour l’économie, ce dernier s’étonnait comment, au Maroc, nous en sommes aujourd’hui à des délais qui peuvent aller de six mois à deux ans pour se voir délivrer une autorisation de construction d’un complexe résidentiel ou hôtelier. Vision ou pas vision, stratégie ou pas stratégie, il faut croire qu’il y a au Maroc des administrations, des institutions, des mécanismes, des modes de gouvernance qui résistent à tout et qui font anachronisme avec toute cette dynamique et cet esprit de mobilisation générale. Certes, ces dix dernières années, beaucoup de réformes et de dossiers complexes ont été attaqués courageusement et de front avec des résultats globalement positifs.

Mais si on ne veut pas attendre 2052, c’est aujourd’hui qu’il faut faire la grande rupture…