2010 : l’année des villes otages

Les partis ont fait des villes une vitrine au détriment de l’intérêt général. aucun n’accepte d’être écarté de la gestion d’une grande ville. Tous les élus veulent être dans le bureau. Le citoyen passe en second lieu…

Si l’année 2010 qui avait si mal commencé sur le plan économique s’achève finalement sur les signes de la reprise, il en est tout autrement du monde politique et plus particulièrement de son implication dans la gestion des villes à travers les collectivités locales. Entendons-nous bien, l’une des vertus -et non des moindres- de la démocratie locale réside dans le fait de confier la gestion à des personnes élues par la population du cru, proches des citoyens et pouvant être «surveillés» par une opposition qui jouera son rôle de contre-pouvoir. A ce mécanisme s’ajoute la tutelle de l’Etat, à travers le ministère de l’intérieur, qui encadre, contrôle administrativement et joue les pompiers, quand il le faut.

Basé sur une approche participative et de proximité, ce système présente, sur papier, de gros avantages. Sur le terrain, c’est une autre paire de manches, où le facteur humain et les intérêts politiques peuvent transformer cette démocratie locale en facteur de blocage. Une ville de Laâyoune où la tension sociale a fini par dégénérer en raison de l’animosité que se portent le wali et le maire, la ville d’Agadir avait connu, il y a quelques années une situation similaire qui avait abouti au blocage des chantiers programmés. Une ville de Tanger dont le budget a été bloqué pendant de longs mois par l’opposition, une ville de Rabat aux équilibres très fragiles et où la mairie a plus été confiée à un homme qu’à la formation qui a remporté les suffrages, une ville de Salé otage des rivalités entre l’ancien et le nouveau maire.

Le fait est que les partis ont fait des villes une vitrine au détriment de l’intérêt général. Aujourd’hui, aucun grand parti n’accepte d’être écarté de la gestion d’une grande ville. Tous les élus veulent être dans le bureau, même s’il faut, des fois, changer l’étiquette politique. Être dans l’opposition signifie être oublié, prendre le risque de perdre les prochaines élections.

Les rivalités politiques peuvent conduire dans le meilleur des cas à une inertie des villes ou, pire, à des situations catastrophiques. A fin août dernier,  les communes disposaient d’un cumul de 25 milliards de DH de moyens inutilisés, soit 10,3% du Budget général de l’Etat. Navrant quand on voit les besoins énormes existants. Si la démocratie locale est un choix dicté par le bon sens, ce même bon sens voudrait que l’on mette en place des garde-fous pour que les villes ne deviennent les otages de calculs politiciens.