Zine Capital Invest dévoile ses ambitions

Le groupe réalise un chiffre d’affaires consolidé de 4,5 milliards de DH. Il opère dans plusieurs domaines : thé, sucre, pà¢tes alimentaires, couscous, engrais, céréaliculture, aliments de bétail, distribution, logistique… Retour sur le parcours d’un entrepreneur autodidacte méconnu.

– La semaine dernière, le groupe a donné une grande réception à laquelle vous avez invité plus de 3 000 de vos partenaires…

C’est une opération qui a pour objet de mieux faire connaître notre groupe auprès de tous ses partenaires et de dévoiler la nouvelle identité visuelle de la holding Zine Capital Invest. Le groupe a de nombreuses activités dans plusieurs domaines qui sont complémentaires ou connexes. Certains partenaires ne font pas le lien entre les différentes activités et sociétés du groupe.
 
– Mais beaucoup d’entre eux vous connaissent très bien puisqu’ils traitent avec vous depuis des années…?

Non. Je dirai que beaucoup nous ont connus à nos débuts et ne réalisent probablement pas que nous sommes devenus un groupe véritablement multidisciplinaire et intégré. De nombreuses activités que nous avons lancées ces dernières années sont méconnues car, il est vrai, nous n’avons pas non plus communiqué à ce sujet. Certains de nos clients nous connaissent dans une activité mais pas dans les autres.
 
– Aujourd’hui, le marché va découvrir un grand groupe alors que ce dernier se développe depuis des années pour en arriver là. Est-ce que cette discrétion était volontaire ?

Le groupe a commencé dans une activité de négoce et de distribution du sucre. Au fil des années, et grâce à l’écoute du marché et de nos clients, des investissements ont été réalisés dans de nouvelles activités. Nous étions peut-être plus pris par le développement du groupe que par les impératifs de communication.
 
– Comment êtes-vous passé d’un simple distributeur de sucre à un groupe qui fait dans la minoterie, les pâtes alimentaires, le couscous, les engrais, les aliments de bétail, la céréaliculture, la logistique… ?

J’ai commencé dès mon très jeune âge comme apprenti avec mon père qui faisait les souks de Doukkala. A l’âge de 9 ans, en 1979, j’ai décidé de me lancer tout seul et j’ai rejoint Casablanca où j’ai loué une petite chambre dans l’ancienne médina (Bab Marrakech) à 60 DH par mois. J’ai fait le négoce de produits de forte consommation. En 1982, j’ai commencé moi aussi à faire les souks du Maroc où je vendais des produits que j’achetais à Casablanca. En 1986, je me suis lancé dans le négoce du sucre, du thé et du riz à Derb Omar (Rue El Melh). En 1990, j’ai commencé l’activité de la distribution du sucre (activité que je fais d’ailleurs jusqu’à ce jour). En 2002, je me suis rendu à l’évidence que je ne pouvais pas rester indéfiniment dans le négoce, j’ai alors acheté un dépôt à Lissasfa et me suis lancé dans la distribution pour le compte d’autres entreprises industrielles en commençant par les produits alimentaires du groupe Tria (notamment la farine). Par la suite, j’ai pu gagner la confiance de grandes sociétés comme Unilever, Savola et Bimo qui m’ont confié la distribution de leurs produits dans plusieurs zones et circuits (gros et détail). En 2008, j’ai décidé d’acheter ma propre minoterie avec une capacité de 200 t/jour. Peu de temps après, la demande de mes clients était tellement importante que j’ai dû rapidement réaliser une deuxième minoterie pour arriver à une capacité totale de 600 t/jour.
 
– Comment êtes-vous passés de la minoterie aux engrais ?

Je suis moi-même originaire d’une région agricole, et fils d’agriculteur. Et comme nous faisions aussi du négoce d’engrais depuis très longtemps, l’idée a germé depuis le début des années 2000. Mais c’est en 2009 que je suis passé à l’action en achetant un terrain de 7 hectares à Had Soualem pour y installer nos unités de conditionnement et de stockage d’engrais et aliments de bétail.
 
– Réalisez-vous ces investissements de manière intuitive ou prenez-vous le temps d’étudier minutieusement le marché ?

En fait, nous n’investissons dans une activité qu’après y avoir pris de l’expérience. C’est exactement ce que nous avons fait pour la minoterie que nous n’avons lancé qu’après avoir pratiqué le marché en tant que distributeur. C’est comme cela aussi que nous avons procédé pour les engrais. Comme nous étions dans la distribution, nous avons pris le temps pour comprendre les mécanismes et les subtilités du marché. Pour réussir dans les engrais, il faut comprendre que c’est un business qui est fortement exposé aux fluctuations des cours mondiaux et donc la clé de réussite est de détenir de grandes capacités de stockage pour réguler les coûts en achetant au bon moment et en écoulant au bon moment.
 
– Quand on parle d’engrais, on parle aussi d’agriculture. Il se trouve que vous êtes aussi présent dans ce domaine puisque vous êtes agrégateur dans la céréaliculture…

Absolument. C’est une activité que nous avons entamée en avril 2011. Nous l’avons lancée parce que nous croyons beaucoup au Plan Maroc Vert et nous estimons que nous pouvons nous aussi apporter notre contribution à sa réussite.
 
– N’était-ce pas risqué pour un groupe qui ne faisait que le négoce de se lancer dans une activité nouvelle et compliquée comme l’agriculture?

Certes. Mais mes origines de fellah me permettaient de bien comprendre les contraintes et les besoins des petits agriculteurs. Nous avions commencé en 2011 avec 133 agriculteurs pour une superficie de 2 500 hectares. Il est vrai que l’aventure n’était pas de tout repos. D’ailleurs, la première année n’était pas bonne du tout en termes de rendements et de gains, à cause de la sécheresse. Mais comme nous croyons fortement à ce projet, nous avons décidé de ne pas abandonner. Et ce qui nous a le plus aidés, c’est le fait que nous étions déjà un groupe intégré, ce qui nous permettait d’apporter aux petits agriculteurs un package complet depuis l’approvisionnement en intrants agricoles jusqu’à la valorisation de la récolte.
 
– Aujourd’hui vous êtes à combien en superficie agrégée ?

Nous sommes actuellement sur une superficie globale de 6 000 hectares avec quelque 300 agriculteurs. Notre objectif d’ici 2020 est d’atteindre 15 000 hectares et 750 agriculteurs.
 
– Plus récemment vous vous êtes lancé dans de nouvelles activités comme les pâtes alimentaires, couscous…

Oui. Depuis 2013, nous avons démarré nos unités de pâtes, couscous et semoule de blé dur, lancées également sous la même marque Itkane.
 
– Est-ce que vous exportez ?

Nous le faisions de manière timide. Mais actuellement nous pensons nous lancer sérieusement dans l’export, surtout sur le marché africain.
 
– Comme tous les grands groupes, vous n’avez pas pu résister à l’investissement dans l’immobilier…

Je ne considère pas les projets immobiliers comme étant une des activités du groupe. Il s’agit de terrains que je possédais personnellement depuis très longtemps et sur lesquels nous avons réalisé des projets de logements sociaux et économiques. Aujourd’hui, les activités immobilières s’autofinancent par elles-mêmes. Il ne s’agit pas d’investissements faits par le groupe comme c’est le cas dans les autres domaines. Pour tout vous dire, l’immobilier ne sera jamais pour moi une activité majeure ou stratégique pour le groupe.
 
– Quels sont vos projets pour les années à venir ?

Notre objectif est de continuer à développer nos activités, nos portefeuilles clients et partenaires, élargir les gammes de nos produits, et bien sûr augmenter notre chiffre d’affaires. Nous réalisons actuellement un chiffre d’affaires consolidé de 4,5 milliards de DH. Selon notre plan de développement quinquennal, nous prévoyons un taux de progression annuel à deux chiffres. Pour cela, nous nous donnons les moyens et supports nécessaires en termes de ressources humaines, d’organisation et de moyens techniques: recrutement de cadres hautement qualifiés, implémentation d’une solution SAP à partir de janvier 2015…
En 2014, le groupe a décroché la certification de ses processus et son activité industrielle, nous sommes parmi les premières minoteries industrielles à avoir obtenu l’agrément de l’ONSSA qui sera obligatoire à partir de janvier 2015. Nous sommes allés au- delà de cet agrément et nous avons relevé le challenge de nous faire certifier ISO 9001 et 22000.