Yasmina Baddou et les 4 000 médecins…

Le Syndicat des médecins indépendants enchaîne les grèves et a même suspendu les services d’urgence. Selon le ministère, la satisfaction des revendications coûtera 600 MDH.

Alors que le ministère de la santé et les cinq centrales syndicales les plus représentatives (CDT, UMT, FDT, UGTM et UNMT) viennent de sceller un accord qui sera signé dans les prochains jours, le Syndicat des médecins indépendants, fort de ses 4 000 membres, médecins résidents et interne, maintient la pression. En effet, malgré des négociations en cours avec le ministère de la santé, le syndicat a observé, jusqu’au 29 mai dernier, des mouvements de grève et a même été jusqu’à suspendre les services d’urgence ! Une décision grave pouvant mettre en danger la santé des citoyens et déontologiquement inacceptable. Ce que reconnaît le bureau du syndicat des indépendants qui avoue même que la décision a été prise à la hâte et sous le coup de la colère suite à l’agression des médecins résidents et les internes par les forces de l’ordre. Des affrontements qui ont fait une quarantaine de blessés dont quatre dans un état critique.
Comment et pourquoi en est-on arrivé là ? Au syndicat des indépendants, on dit contester «le jeu politique du ministère de la santé qui déclare avoir satisfait nos revendications alors que concrètement il n’en est rien !». Pour le syndicat, la ministre de la santé a certes répondu favorablement aux revendications des autres syndicats mais pas les siennes. Le cahier revendicatif soumis en 2008 au ministère de tutelle porte essentiellement sur l’intégration des médecins internes et résidents dès la première année du résidanat, l’octroi de l’équivalence avec le doctorat de l’enseignement supérieur, la mise en place d’une assurance maladie, la généralisation du service de garde à toutes les spécialités et l’augmentation de la rémunération pour l’astreinte. Selon le bureau syndical, une seule revendication a été satisfaite en 2008 : la couverture médicale. Et le bureau d’ajouter qu’elle n’est pas encore opérationnelle. Quant au reste, les propositions de Yasmina Baddou, affirme le bureau national du syndicat des indépendants, sont en deçà de ses revendications. «C’est pourquoi, nous continuerons à faire entendre notre voix et nous n’allons pas baisser les bras», martèle-t-on.
Au ministère de la santé, c’est un autre son de cloche que l’on entend. «Nous avons satisfait, après plusieurs heures de négociations, toutes les revendications du syndicat à qui nous avons remis un document qu’il doit examiner. Aujourd’hui, nous ne comprenons pas la réaction des médecins indépendants qui, parallèlement au dialogue social, mènent des mouvements de grève !», s’étonne Yasmina Baddou, ministre de la santé, jointe au téléphone par La Vie éco, mardi 31 mai.
La ministre ajoute, toutefois, que «son département reste ouvert aux discussions à condition que le syndicat arrête les mouvements de contestation afin d’avoir un climat serein». Une réunion devait avoir lieu le jeudi 2 juin avec le syndicat des indépendants qui doit se prononcer officiellement sur les propositions du ministère.

60 DH par garde au lieu de 40 DH

Hormis l’assurance maladie qui est mise en place mais qui n’a pas encore pris effet en raison de problèmes administratifs, le ministère de la santé propose un schéma d’intégration sur deux années. Se faisant actuellement à partir de la troisième année, l’intégration doit intervenir, selon le syndicat, dès la première année de résidanat. Le ministère, lui, propose une intégration à partir de la deuxième année dès 2012. Et en 2013, les résidents et internes seront intégrés dès la première année. «Cette solution progressive est justifiée car le ministère a des contraintes financières qu’il doit gérer puisque l’intégration induit une amélioration du salaire des médecins», explique Mme Baddou. En effet, en première année, un médecin interne perçoit un salaire mensuel net de 3 000 dirhams et après son intégration son salaire passe à
8 000 dirhams.
Concernant l’extension des gardes, le ministère de la santé affirme avoir élargi la liste à plusieurs spécialités. Aujourd’hui, seules quatre spécialités assurent des gardes : la gynécologie, la chirurgie viscérale, l’urgentologie et la réanimation. Comment expliquer ce choix ? La liste est fixée, selon le ministère de la santé, par un ancien décret dont la révision est en cours. Outre l’extension à d’autres spécialités, le syndicat réclame une revalorisation de la prime de garde et d’astreinte qui est actuellement de l’ordre de 400 dirhams par mois. «Un médecin assure deux à trois gardes par semaine, ce qui fait 12 gardes par mois. Soit quarante dirhams pour une garde de 12 heures. Ce qui est très insuffisant», déplore un membre du syndicat. Le ministère a proposé une rémunération de 60 DH par garde, ce qui reste toujours inacceptable aux yeux du syndicat. Pour le ministère, un effort a été fait puisqu’au-delà de l’amélioration de la prime de garde, il a aussi procédé à la mise en place de nouvelles primes pour les infirmiers, les brancardiers et les techniciens qui assurent également des gardes. Cela nécessitera une enveloppe de 65 millions de dirhams. Quant au coût global de ces revendications, il est estimé à 600 millions de dirhams. Sans compter, dit-on au ministère de la santé, l’enveloppe allouée dans le cadre du dialogue social et qui s’élève à 400 millions de dirhams pour le secteur de la santé.
Par ailleurs, un point reste en suspens : l’équivalence du diplôme de doctorat de médecine avec le doctorat d’Etat de l’enseignement supérieur. La réponse à cette revendication relève non seulement du département de Mme Baddou mais aussi de celui de l’enseignement supérieur. Il est prévu de créer une commission interministérielle pour plancher sur la question.