Volaille : à  peine 8% de la production passe par les abattoirs !

Les 13 000 tueries commercialisent 92% de la consommation nationale. Le ministère de l’intérieur n’a pas encore suspendu l’octroi des autorisations. Seulement 10% des restaurateurs professionnels s’approvisionnent auprès des abattoirs.

Cinq ans après la signature du contrat programme par le gouvernement et les opérateurs du secteur avicole, l’ouverture des abattoirs privés se fait assez souvent à regret ! En cause, les opérateurs peinent toujours à viabiliser leur modèle économique et à rentabiliser leurs investissements. A ce jour, ils sont une dizaine à se partager le marché. Cependant, ils ne traitent que 8% d’une production nationale estimée à 460 000 tonnes, soit 38000 tonnes seulement. Ce chiffre résume, pour l’essentiel, l’ampleur des obstacles qui freinent l’émergence de cette filière. Pourtant, ce n’est pas par faute de potentiel ou d’investisseurs. En effet, «depuis les années 80, pas moins de 23 abattoirs ont été installés sur tout le territoire national. Aujourd’hui, moins de la moitié a pu survivre», assure Omar Benayachi, président de l’Association nationale des abattoirs industriels avicoles (ANAVI), avant d’ajouter qu’«il n’y a pas de chiffres précis sur les fermetures car certaines unités fonctionnent de manière épisodique».

Il est important de souligner que «les entités d’abattage de volaille sont toutes conçues aux normes internationales. De tels projets nécessitent un budget d’investissement moyen de 90 MDH», explique M.Benayachi. Le meilleur exemple à donner est celui de l’usine Zalagh. «Le coût du rachat et de la rénovation de cette entité a dépassé les 120 MDH», confirme-t-on du côté du détenteur de la marque Dandy. «Pour rentabiliser l’investissement, un abattoir doit tourner à 2 500 poulets/heure. Ce qui est impossible dans l’état actuel du secteur», déplore Karima Benhamida, porte-parole de Foodis.

Les établissements de restauration représentent plus de 25% de la consommation nationale

Résultat, si certains opérateurs arrivent à tirer leur épingle du jeu, c’est uniquement grâce à l’abattage de la dinde. Autant dire que le contrat programme pour le secteur avicole a été une réussite à tous les niveaux, sauf celui de la commercialisation. Selon le président de l’ANAVI, «jusque-là, ce sont les tueries qui tirent le plus grand bénéfice de ce cafouillage». En effet, la réussite de la partie aval dépend surtout du ministère de l’intérieur. Sans un réel engagement de la part de ce département, la concurrence avec ces lieux d’abattage informel se fait presque à armes inégales. «Un combat perdu d’avance», confient certains promoteurs qui justifient leurs craintes par la faiblesse de l’intervention des autorités pour mettre fin à «ce désordre organisé».

Le Maroc compte plus de 13 000 tueries de volaille. Or, celles-ci disposent uniquement d’autorisations pour la vente du poulet vif. «Face à un manque de contrôle, leur métier de base a évolué pour toucher également à l’abattage», développe le président. A son regard, la majorité des tueries traditionnelles ne respectent pas les mesures sanitaires. Dans le détail, ils n’ont pas de programme de désinfection et n’assurent aucun entretien du matériel. Le pire, c’est qu’ils croisent le vif et l’abattu sans aucune séparation. D’ailleurs, «rien que pour ça, la loi de 2007 considère qu’ils sont dans l’illégalité», s’alarme M. Ben Ayachi.

Pourquoi le ministère de l’intérieur ne suspend pas l’octroi des autorisations pour les nouvelles tueries ? Et comment se fait-il que l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) ne contrôle pas ces tueries ? Autant de questions que posent les opérateurs. Contacté à ce sujet, le management de l’ONSSA explique que «le contrôle de ces tueries leur donne de la légitimité et de la reconnaissance». Un avis qui n’est pas du goût des professionnels. Ils estiment que l’office peut intervenir via la mise en application de la circulaire imposant à la restauration collective de s’approvisionner en viandes blanches auprès des abattoirs.

En effet, les établissements de restauration représentent plus de 25% de la consommation nationale, soit 115000 tonnes. Pourtant, seuls 10% de ces professionnels s’approvisionnent auprès des abattoirs.

Le segment des particuliers est une autre paire de manches. Les consommateurs se méfient de la grande distribution et ignorent les règles d’hygiène élémentaires. «Pour eux, la chaleur est un gage de fraîcheur du poulet». Le deuxième facteur qui explique que des habitudes d’un autre âge soient si solidement ancrées est l’impression d’acheter moins cher. Mais un simple calcul montre que le consommateur se trompe. Le kilo de poulet acheté dans une tuerie revient actuellement à 20DH. Seulement, il s’agit d’un kilo de poulet vif qui perd 35% de son poids après les différentes opérations (éviscération, découpe). Il revient donc plus cher que le kilo de poulet produit par les abattoirs.
Bref, dans l’état actuel des choses, les opérateurs n’ont qu’à prendre leur mal en patience, car même la solution de l’export ne peut être envisagée pour ce secteur (voir encadré).