Voitures électriques : A quand une filière de recyclage des batteries lithium ?

• Un écosystème intégré, de bout en bout, s’impose en amont.
• Il est temps d’implémenter les maillons d’une chaîne de valeur dans le recyclage du lithium-ion.
• PSA, Renault, BYD… Des précurseurs dans la filière.

La question peut paraître prématurée certes, surréaliste même, sauf qu’il est temps d’implémenter les maillons d’une chaîne de recyclage au Maroc. Une initiative censée limiter la pollution des sols et des cours d’eau, voire la nappe phréatique, surtout lorsque l’on sait que les liquides et produits qui s’infiltrent de batteries en fin de cycle de vie provoquent de graves problèmes aux organismes vivants à la biodiversité, ou encore atteignent parfois le corps humain.
Pour l’heure, l’usine PSA (Peugeot Citroën) est le seul site industriel au Maroc à produire des véhicules 100% électriques (des voiturettes Citroën AMI). «Citroën AMI 100% électrique est un premier pas de l’industrie de la mobilité électrique urbaine au Maroc. AMI s’inscrit dans le cadre de la vision du Royaume de développer une industrie à forte valeur ajoutée guidée par le principe de développement durable», a tenu à préciser le ministre de l’industrie, Moulay Hafid Elalamy, lors du lancement de la production de ce produit made in Maroc, il y a pratiquement six mois. De son côté, le constructeur de l’usine de Kénitra a soutenu que ce véhicule atypique vient apporter «une solution de mobilité individuelle qui permet de se déplacer de manière protégée dans un objet fermé, 100% électrique et compact. Avec son autonomie de 75 km, ses 45 km/h, sa recharge complète en 3h sur une prise domestique standard, AMI a été pensé pour faciliter l’usage automobile au quotidien». Fort de cette initiative pilote dans l’industrie électrique, le made in Maroc se prépare à accueillir d’autres véhicules voués à un potentiel à l’export.
De sources concordantes, Renault Maroc mènerait des tests et étudie les possibilités de la production de véhicules 100% électriques au Maroc. D’autres constructeurs nourrissent de grands espoirs sur la production de l’électrique dans le Royaume. C’est le cas notamment du chinois BYD (Build Your Dreams). Ce géant chinois maintient trois projets d’usines dédiées à la production de véhicules électriques dans la région de Tanger. Des pourparlers seraient en cours avec d’autres constructeurs de renom, si ce n’est pour la production de véhicules propres, du moins pour le sourcing d’équipements et de batteries. C’est dire que le puzzle de la production électrique made in Maroc est en train de déployer son maillage un peu partout.

Des opportunités à saisir
Ce sont là autant d’opportunités qui plaident en faveur de l’implémentation d’une filière de recyclage. De l’avis d’experts, aujourd’hui, il ne suffira pas de recycler comme nous avons l’habitude de le faire dans l’industrie classique, mais il va falloir placer le curseur encore plus loin : «ENCL’enjeu est d’arriver à recycler les batteries au lithium qui sont les plus exploitées dans les voitures électriques. Sans recyclage, le risque est de voir des substances très toxiques s’infiltrer dans le sol et la nappe phréatique ou encore s’évaporer dans des fumées noires émanant d’incendies… Ce qui est très dangereux avec des substances irritantes susceptibles de propager du fluor d’hydrogène». Le lithium, rappelons-le, est un métal qui attaque les tissus organiques. Il réagit fortement dès qu’il se mélange avec l’oxygène, l’azote ou encore la vapeur pour former des substances fortement toxiques. La production du lithium recourt à plusieurs matières, dont des métaux, du cuivre, du cobalt, du manganèse, de l’étain,de titane… La récupération de ces métaux lourds, assez onéreux, permettra non seulement de limiter la pollution générée par les batteries en fin de cycle de vie, protéger l’environnement mais aussi de les réexploiter dans la filière de production. Ce qui donnera une seconde vie à des batteries lithium 100% made in Maroc. Dans une déclaration récente à ce sujet stratégique pour les constructeurs automobile, Luca de Meo, CEO de Renault, a soutenu que «le Groupe Renault a une approche globale du cycle de vie des batteries, depuis la réparation pour prolonger leur durée de vie automobile, en passant par le développement d’applications de seconde vie pour le stockage de l’énergie, jusqu’à la mise en place d’un système de collecte et de recyclage des batteries. Dans un contexte de mobilité électrique croissante, notre objectif est de mettre en œuvre des solutions de recyclage innovantes et sobres en carbone afin d’ouvrir la voie à un approvisionnement durable en matériaux stratégiques pour les batteries. Nous allons tirer avantage de notre présence sur l’ensemble de l’écosystème électrique en Europe pour asseoir une position forte sur le marché stratégique des matériaux de batteries et générer de la valeur au-delà de l’automobile».

PROCESSUS DE RECYCLAGE DES BATTERIES LITHIUM
PROCESSUS DE RECYCLAGE DES BATTERIES LITHIUM