Voiture économique : qui dit la vérité ?

Les affirmations de Renault et celles du ministre du Commerce sont contradictoires.

L’affaire de la signature de la convention sur la production de la voiture économique n’en finit pas de faire des remous. Alors que l’on pensait que le deal avait été passé avec Renault, il s’avère que le flou persiste. Récit.
Le 12 mai dernier, dans un entretien accordé à deux journalistes de La Vie éco, Rachid Talbi Alami, ministre du Commerce, de l’industrie et des télécommunications, affirmait que l’Etat avait signé une convention avec le constructeur français en lieu et place de Fiat avec lequel l’accord actuel prend fin en décembre 2003 (cf. LVE du 16 mai 2003). Pour appuyer ses dires, le ministre est même allé jusqu’à dévoiler quelques détails dont, notamment, la production, à partir de 2005 d’une voiture dite familiale à 70 000 DH !

Fiat prépare aussi son offre
Puis, ce fut le silence radio. Il aura fallu un banal hasard pour que l’affaire rebondisse. Lundi dernier, soit deux mois après la publication de l’article, une entrevue accordée à La Vie Eco par Bruno De Mori, le DG de Fiat Maroc, remet tout en question. Ce dernier serait en train de porter la dernière touche à un business plan, qu’il doit présenter au gouvernement dans quelques jours, pour obtenir…le renouvellement de la convention sur la voiture économique. Plus étonnant encore, auprès de Renault, on affirme qu’une offre a bien été soumise, mais que rien n’a été signé. Même son de cloche chez la Somaca et l’Amica.
Qu’est-ce à dire ? M. Talbi Alami a-t-il anticipé un événement qui lui paraissait inéluctable ? Cette convention a-t-elle oui ou non été signée ? Il nous a été malheureusement impossible de lui poser la question, pas plus qu’à Mohamed El Jamali, directeur de l’Industrie, les intéressés étant en déplacement à l’étranger depuis plusieurs jours.
Pourtant, la logique de l’Etat confirme bien le penchant pour l’offre de Renault. Depuis bientôt deux ans, la cession des 38% détenus par l’Etat dans la Somaca a été conditionnée par la mise en place d’un projet industriel par le repreneur. En effet, avec le démantèlement des barrières douanières en 2008, seul un constructeur actionnaire peut assurer la survie des chaînes de montage en y installant une plate-forme de production et d’exportation pour ses marchés mondiaux. Or Fiat, embourbé dans ses difficultés à l’international, ne peut acheter des parts dans la Somaca alors qu’il entend fermer des unités en Italie. Cela alors même qu’il présente un projet séduisant (nouvelle gamme Palio et Siena, taux d’intégration plus important…).
Reste Renault et le Malaisien Proton. Ce dernier propose de construire une voiture à 180 000 DH et d’acquérir, comme le propose aussi Renault, la part de l’Etat. On le voit donc, sur papier, Renault reste le mieux offrant. Et pas seulement sur papier puisque le ministre a affirmé avoir signé avec le constructeur français. Qui bluffe qui dans cette histoire ?