Visites techniques : une moyenne de 3 défaillances relevées par véhicule contrôlé

Sur les 2,08 millions de contrôles effectués en 2013, plus de 5,7 millions de défaillances ont été détectées. Ce chiffre s’explique principalement par l’état du parc en circulation dominé par des voitures de plus de dix ans. 59 nouveaux centres techniques seront ouverts en 2014.

On aura beau mettre l’hécatombe que connaissent nos routes sur le dos des conducteurs ne respectant pas le code de la route, ou sur l’état parfois désastreux des infrastructures routières, il n’en demeure pas moins que l’état des véhicules en circulation y est également pour beaucoup. Selon les données du ministère de l’équipement et des transports, le mauvais état mécanique des véhicules constitue l’une des causes directes ou indirectes de 30% des accidents qu’enregistre le Royaume. Les statistiques relatives aux visites techniques des véhicules viennent nous rappeler chaque année que cette situation est encore loin de s’estomper. D’après le bilan de l’année 2013, dont les détails sont révélés par La Vie éco en avant-première, il s’avère en effet que plus de 5,7 millions de défaillances ont été relevées lors des 2,08 millions de visites techniques réalisées durant l’année dans différentes régions du Royaume. C’est une augmentation de 25% comparativement à 2012 alors que sur la même période, le nombre de visites techniques n’a augmenté que de 8%.

Le contrôle de la tutelle sera renforcé

En d’autres termes, en moyenne, près de 3 défaillances sont relevées sur chaque véhicule contrôlé, dont une grande partie présente des risques importants sur la sécurité routière. Les principales anomalies concernent l’éclairage et la signalisation (1,78 million de défaillances) ainsi que la structure et la carrosserie (1,76 million). Le reste concerne principalement des problèmes de liaisons au sol, de direction et de freinage.

Pour les spécialistes de l’automobile, il ne faut pas aller bien loin pour comprendre les raisons d’une situation aussi édifiante : les véhicules en circulation sont trop anciens pour offrir un niveau de sécurité acceptable. Les données du ministère confirment ce constat. A fin 2013, le nombre de véhicules en circulation dépassait 3,2 millions, dont 2,31 millions de véhicules de tourisme. Or, si l’on se fie aux statistiques des ventes de voitures neuves des cinq dernières années (environ 500 000 véhicules), on se retrouve avec un parc constitué à hauteur de 80% de véhicules âgés de plus de cinq ans. Si l’on revient aux ventes de la dernière décennie, et qui s’établissent à moins d’un million de véhicules, on se retrouve avec un parc constitué à près des deux tiers de véhicules âgés de plus de dix ans.
Et encore, les données précitées ne concernent que les défaillances officiellement relevées par les centres techniques. «J’ai fait l’expérience de revenir chez le centre technique après qu’il m’eut diagnostiqué un problème de pollution. Sans aucune réparation, j’ai pu quand même avoir mon attestation», témoigne un automobiliste. C’est ce genre d’expérience qui pousse le Centre des essais et d’homologation relevant du ministère de l’équipement et du transport à déployer toute une stratégie pour renforcer le contrôle dès cette année. Ainsi, il est prévu d’augmenter leur nombre à 550 opérations contre une centaine seulement en 2013, ainsi que de mettre en place un système informatique permettant une remontée instantanée des informations à partir du réseau des centres techniques. Notons à ce titre que les contrôles effectués en 2013 ont donné lieu à 20 avertissements, une amende de 30 000 DH et 12 retraits de permis d’exercer à des «aides-contrôleurs» dont 2 définitifs. Par ailleurs, le plan d’action 2014 du CNEH prévoit tout un programme de remise à niveau des équipements du contrôle technique, avec notamment l’instauration de normes techniques, d’une nouvelle procédure d’entretien et un cahier des charges pour les équipementiers.

Une meilleure gestion de la file d’attente dans les nouveaux centres

Tout ceci intervient dans un contexte où le réseau des centres techniques devrait sensiblement augmenter. Actuellement, le secteur comporte 5 réseaux regroupant 299 centres répartis sur tout le territoire, exploitant 607 lignes de contrôle technique des véhicules légers et 201 lignes de contrôle des poids lourds. Certes, ils affichent un taux d’utilisation inférieur à 60%. Cependant, ce taux devrait atteindre les 100% dans certaines villes à l’horizon 2016. Selon les estimations officielles, ce sont les régions du Grand Casablanca, de Laâyoune, de Meknès et de Fès qui devraient être les premières à être saturées. Avec Tanger, ces régions concentrent déjà près des deux tiers du totale des visites techniques réalisées. Pour répondre à l’évolution des besoins, le ministère de tutelle vient de lancer un appel à concurrence pour l’ouverture et l’exploitation de 59 nouveaux centres de contrôle technique.

De nouvelles exigences sont par ailleurs prévues par la tutelle pour améliorer la qualité de service dans le secteur. Ainsi, au niveau de l’accueil, les nouveaux centres devront mettre en place un système de gestion de la file d’attente avec affichage du temps d’attente et installer un panneau à l’extérieur du centre qui indiquera le temps d’attente pour un nouveau véhicule arrivant. De même, ils devront réserver une ligne de contrôle prioritaire pour les clients ayant pris des RDV. Pour ce qui est de la qualité du contrôle, les nouveaux exploitants seront tenus de mettre en place des caméras de surveillance avec reconnaissance de la plaque minéralogique pour garantir la présentation du véhicule et la gestion d’accès. En plus de s’assurer que les équipements sont compatibles avec le protocole de communication des mesures nouvellement introduites par l’administration, les centres devront également installer une barrière le long des rouleaux de freinage pour assurer la sécurité des agents visiteurs, ainsi que d’obtenir la certification ISO 17020 relative aux organismes d’inspection avant l’expiration d’un délai de deux ans à partir de la date d’ouverture du centre au public.