Virée dans les méandres de l’empire Hyundai en Corée du Sud

Voitures, bateaux, moteurs industriels, plateformes de forage, robots, ascenseurs, engins de BTP, construction immobilièreÂ…, la marque est omniprésente et emploie 170 000 personnes en Corée.

En quarante ans, le groupe s’est hissé au premier rang mondial dans plusieurs domaines d’activité.

Mardi 9 juin, 8 h 30, Ulsan, Corée du Sud. Le gigantesque chantier naval de Hyundai Heavy Industries (HHI) grouille d’activité depuis plusieurs heures déjà. Il est encore 0h30 au Maroc. Encore 8 heures avant que l’activité économique ne reprenne ses droits, cahin-caha. Ici, en Corée, la journée de travail officielle s’étend de 8 h à 18 h, avec une heure de pause pour le repas. Mais la norme veut que l’on soit déjà au bureau aux environs de 7h30. En Corée du Sud, le travail est sacré. Il l’est encore plus lorsque l’on travaille chez Hyundai, véritable emblème national et fierté du pays.

15% des bateaux livrés dans le monde sont estampillés Hyundai
L’activité de construction navale de Hyundai remonte à 37 ans. Dans son chantier naval de la baie de Mipo à Ulsan, le groupe a produit, depuis 1972, 1 400 navires dont 1037 vendus aux quatre coins du globe. Aujourd’hui, la marque pourvoit à 15% des besoins en bateaux dans le monde et s’est imposée comme le premier constructeur sur la planète. L’un de ses bateaux a même fait son entrée dans le Guiness des records… en 1986 déjà. Jaugeant 365 000 tonneaux, d’une longueur de 350 m, pour une largeur de 63 m et un creux (hauteur) de 30 m, ce transporteur de marchandises avait été construit pour le compte de la Norvège. Vraquiers, porte-conteneurs, cargos pétroliers, plateformes de forage et même sous-marins –commandés en 2000- pour le compte du ministère coréen de la défense, l’activité navale de Hyundai englobe à peu près tous les types de navires. Bien évidemment, pour pouvoir se positionner comme premier constructeur mondial, la fabrication est totalement intégrée. Si la visite guidée dont nous avons eu le privilège a duré deux heures, il faudrait au moins une semaine pour parcourir les rues de cette véritable ville qui s’étend sur 809 ha. Studios de design, fonderies, unités de moulage, ateliers de laminage, unités de production de pièces, d’assemblage de coques et surtout de fabrication de moteurs. Sur ce volet, Hyundai est très rapidement parvenu à s’imposer comme le leader du marché en s’adjugeant une part de 35% dès 1988 dans ce créneau qui relève du gigantisme dans l’industrie lourde. Imaginez un bloc moteur de 12 à 14 m de haut pour 20 de large pesant 1 800 tonnes et développant une puissance de 109 000 chevaux ! Et il ne s’agit pas de la moindre des prouesses pour le constructeur coréen qui a lancé, depuis 2007, le plus gros moteur au monde, contrôlé électroniquement et utilisant la technologie common rail pour réduire la consommation de gasoil. Rien qu’au titre de l’année 2009, la division construction navale de Hyundai Heavy Industries fournira 119 navires à ses clients un peu partout dans le monde. Avec un carnet de commandes encore plein pour les trois années à venir, la division a encore du travail sur les bras, mais depuis le début de l’année aucune nouvelle commande n’a été engrangée. La crise est passée par là et l’année 2012 sera sans doute un exercice creux…
En dépit de la part de 45% que représente l’activité de construction navale dans son volume d’affaires, Hyundai Heavy Industries, fort de ses 21 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2008, en croissance moyenne de 23,1%, au cours des six dernières années, a de quoi voir venir. Installations industrielles et ingénierie, systèmes électro-électriques, moteurs et machines, installations offshore et engins de BTP constituent les cinq autres branches du groupe. Cette dernière compte parmi les plus rentables pour HHI.

Des pelleteuses comme s’il en pleuvait
Mardi 9 juin, 12h. Sur le versant ouest de la baie de Mipo, les hangars de fabrication de la divsion engins de BTP dresse leur imposante silhouette surplombant le port. 34 ha, dont 14 réservés à la fabrication et l’assemblage et 15 servant d’aire de test. Si, dans ce domaine, vous connaissez la marque Caterpillar, Komatsu ou Hitachi, vous serez sans doute étonnés de savoir que Hyundai produit chaque année, rien que dans son usine d’Ulsan,
16 000 pelleteuses, 3 500 chargeurs montés sur roues ou chenilles et 9 500 chariots élévateurs. Faites le compte ! Ces gigantesques machines sont produites à raison de 79 unités par jour. Cela sans compter la production délocalisée de quatre unités de production dont trois en Chine et l’autre, plus récente (2007) en Inde. Avec tout cela, HHI n’est que le cinquième constructeur mondial, en termes de parts de marché (6% dans celui des pelleteuses et 4% dans celui des chargeurs). Entamée en 1985, cette activité compte, à l’inverse de la construction navale, des dizaines de concurrents mondiaux et être parmi les 5 premiers constitue une prouesse après seulement deux décennies d’activité. Deux décennies qui ont permis à la marque d’être représentée aux quatre coins du globe avec un réseau de 477 points de vente gérés par un ou plusieurs concessionnaires, selon la taille du pays. Au Maroc c’est la société HCEM, en charge exclusive de la distribution, la commercialisation et le service après-vente qui a commencé son activité en novembre dernier avec un showroom de 3 000 m2 à Casablanca et déjà de solides références. Chez nos voisins du Maghreb, la marque est déjà implantée depuis plusieurs années parfois et affiche des progressions insolentes. Leader sur les marché algérien et tunisien.

Une voiture toutes les 4 minutes et 5 sites de production de par le monde
Mardi 9 juin, 14h30, à Ulsan toujours. A quelques encablures du chantier naval de Hyundai, un autre site tout aussi imposant. L’usine automobile d’Ulsan, l’une des trois implantées en Corée mais surtout la plus grande au monde : 500 ha, 34 000 employés travaillant sur un seul lieu et plusieurs modèles produits, qui vont de la citadine I30, non encore arrivée sur le marché marocain au tout-terrain Tucson. De ce monstre industriel qui possède son propre port sort une voiture toutes les  quatre minutes, soit 5 600 unités par jour. C’est le site historique de l’activité automobile de Hyundai qui a commencé en 1973 avec la production de la sympathique Pony. Aujourd’hui, Hyundai c’est huit unités de production en Chine, en Inde, en Turquie, en République Tchèque et aux Etats-Unis. Avec le rachat de la marque Kia, en 1998, le constructeur automobile truste le 4e rang mondial avec ses 3,7 millions de véhicules produits chaque année.
En Corée du Sud, il existe plusieurs groupes de sociétés portant le nom de Hyundai. Non que le nom, qui signifie liberté, soit commun mais l’activité s’est tellement diversifiée qu’après la mort du fondateur, Chung Ju Yung en 2001, ses héritiers se sont partagé l’immense conglomérat. Aujourd’hui, il y a Hyundai Heavy Industries avec ses six branches, Hyundai Motors qui produit des voitures, et une multitude de sociétés aux activités diverses. Il y a des ascenseurs Hyundai, des gratte-ciel construits par Hyundai, des ponts, des routes, des robots…. De quoi occuper les 170 000 personnes qui travaillent chaque jour pour la marque dans le pays du Matin calme.
Mercredi 10 juin. Départ pour Séoul après un détour par le centre de service de la division des engins de BTP. Séoul, la capitale avec ses 10,3 millions d’habitants et ses 12 autres millions dans les petites villes environnantes. Près de la moitié des 49 millions de Coréens vit dans la mégalopole, Séoul, avec ses innombrables buildings qui dépassent les 40 étages. Et ses citoyens sont si courtois que l’on en est presque gêné de demander un service.
20 heures. La nuit tombe, la ville s’illumine. Au Maroc, il est midi, les rues sont jonchées de tracts électoraux et détritus en tout genre. A Séoul, on n’ose pas jeter négligemment un mégot. La rue est trop propre et ça fait tache.