Vins nobles : les Marocains préfèrent désormais consommer local

La demande est exprimée par les classes A et B+. Elles sont aujourd’hui 12 caves à  assurer la production nationale, réparties sur neuf régions.

Décidément, en matière de vin, les Marocains préfèrent les produits locaux. La demande sur les marques viticoles haut de gamme produites localement est en croissance depuis 2009. «Il y a 15 ans, les Marocains de la classe moyenne et aisée (A et B+) avaient des préférences pour les alcools forts. Quand il s’agissait du vin, ils cherchaient les marques importées. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Cette catégorie de la population consomme plus de vins avec une préférence pour les marques nationales», explique Jacques Poulain, gérant associé à la Ferme Rouge. Ce changement a donné une bouffée d’oxygène au secteur vitivinicole au Maroc. Contrôlé à hauteur de 94% par les Celliers de Meknès (73,5%) et la Société de vinification et de commercialisation du Maroc, filiale du groupe Castel (20,6%), le secteur attire, depuis 2009, de plus en plus d’opérateurs, marocains et étrangers.

Pourtant, l’activité exige un investissement assez lourd. Outre le foncier (la majorité des exploitations sont soit en location, soit héritées), l’investissement en équipements (matériel d’irrigation, machines de production..) est en moyenne de 60 MDH, et cela en fonction des superficies. Rappelons qu’au Maroc la superficie des vignes varie de 15 à 200 ha, voire plus. Malgré ce droit d’entrée relativement élevé, les investisseurs ont été au rendez-vous. Résultat: elles sont aujourd’hui 12 caves implantées dans toutes les régions vitivinicoles nationales qui bénéficient de l’agrément de la commission centrale, regroupant des représentants de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), de l’Administration des douanes et impôts indirects et de l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (EACCE). Deux projets sont en cours de préparation dans la région de Meknès (groupe Devico) et la région de Berkane.

Les prix en augmentation continue depuis 2012

En fait, il y a encore de la place sur ce marché dominé par deux grands opérateurs. Pour illustration, «La Ferme Rouge», installée en 2009 et ayant démarré sa commercialisation en mai 2010, est à plus de 1,4 million de bouteilles écoulées sur le marché local par an. Et cela sans compter les quantités exportées.

La progression de la consommation des vins nationaux a également permis de changer la cartographie régionale de la production vinicole. Historiquement, la production vinicole était la chasse gardée de quatre régions, en l’occurrence Meknès (40% de la production nationale en 2014/2015), El Hajeb (27,5%), El Gharb (11%) et Benslimane (12,5%). A présent, cinq autres régions sont en lice, en l’occurrence Khémisset, Doukkala, Essaouira, Zaër et Berkane.

Corrélativement, la production est en hausse. Celle de raisin de cuve destinée à la vinification de la campagne 2014-2015 est de l’ordre de 56 000 t contre 51 000 t en 2013-2014, soit une hausse d’environ 8%. D’après les déclarations de récolte établies par les vinificateurs, conformément à la réglementation en vigueur, «la production de vins au titre de la campagne 2014-2015 est supérieure à la moyenne enregistrée durant les cinq dernières campagnes vitivinicoles
(328 000 hl)». En effet, le volume total de vin produit au cours de cette campagne s’élève à près de 409 907,15 hl, accusant ainsi une hausse de l’ordre de 20% par rapport à cette moyenne.

La courbe des importations est également touchée par ce changement de mode de consommation. De 110 000 hl en 2011, elles sont tombées à 20 000 hl à fin 2014, soit 82% de moins. Sur la même période, les exportations se sont aussi repliées de 53 000 hl  à 40 000 hl (-32,5%). En somme, l’intérêt porté par les consommateurs marocains aux vins nobles locaux a changé la structure du secteur vitivinicole, sur les plans de l’investissement, de la production et même de l’importation et des exportations. Cependant, le prix de vente public est en augmentation continue depuis 2012. C’est sur ce segment des vins nobles que les opérateurs réalisent le plus de marge. Car en matière de fiscalité, l’entrée de gamme et les vins nobles sont soumis à une même taxe.