Villes sans bidonvilles : Questions à  Nabil Benabdellah, Ministre de l’habitat et de la politique de la ville

La Vie éco : A son lancement en 2004, le programme Villes sans bidonvilles était destiné à profiter à près de 200 000 ménages recensés à l’époque. Environ 100 000 familles bénéficiaires se sont rajoutées au lot depuis. Par quoi cela s’explique-t-il ?

Ce surplus est à lier à la croissance démographique en milieu urbain du fait notamment de l’exode rural. Cela draine en effet une population importante vers les villes, laquelle, quand elle n’arrive pas à construire, s’oriente vers l’habitat insalubre notamment les lotissements clandestins et les bidonvilles qui doivent nécessairement être régularisés par la suite par les pouvoirs publics.

Mais il y a aussi des dérives…

Oui, je le confirme, par manque de contrôle et du fait de pratiques mafieuses et de la corruption, des ménages, locataires ou dans d’autres formes d’habitats, sont venus se rajouter indûment aux populations des bidonvilles dans le but d’obtenir des indemnisations et bénéficier d’un logement dans des conditions privilégiées. Pour contrer cela, il s’agit d’avoir une attitude ferme et de se tenir aux recensements et actualisations arrêtées aujourd’hui. En termes explicites, le programme Villes sans bidonvilles doit impérativement s’arrêter lorsque le stock de bénéficiaires actuel sera traité intégralement. C’est en tout cas la position du ministère de l’habitat. Cette position est d’autant plus défendable dans une optique de justice sociale : pourquoi accorder des indemnités en priorité aux bidonvillois alors que les habitats menaçant ruine sont plus préoccupants de par le fait qu’ils mettent directement en danger des vies humaines ? Sans compter les autres formes d’habitat insalubre qui doivent aussi bénéficier de ressources en vue de leur résorption. Hormis le ministère de l’habitat, le département de l’intérieur, les gouverneurs, les walis… s’entendent aujourd’hui sur le fait qu’il faut faire preuve de plus de fermeté. Mais cela n’empêche pas la persistance de négligences au niveau local qui font encore que du jour au lendemain de nouvelles concentrations de bidonvillois émergent.
   
Avec tout cela, quand le Maroc peut-il espérer boucler le programme Villes sans bidonvilles?

Il est difficile de s’engager sur une date aujourd’hui car il ne s’agit pas seulement d’exécuter un plan. La pleine résorption des bidonvilles dépend d’autres questions dont par exemple la pression qui continuera de s’exercer sur les villes. Les niveaux de croissance économique que réalisera le Maroc à l’avenir sont tout aussi déterminants pour apporter une meilleure justice sociale, de meilleurs revenus pour les couches les plus déshéritées…