Villes sans bidonvilles : le plus dur reste à  venir

60 villes sur 85 seront déclarées villes sans bidonvilles d’ici fin 2013. Mais les 25 villes restantes dont Kénitra, Marrakech, Rabat, Salé, Témara et le Grand Casablanca accueillent des dizaines de milliers de familles dans des bidonvilles historiques.

Avec la production des logements, c’est assurément l’un des chiffres que le ministère de l’habitat souhaite voir augmenter le plus vite. Depuis 8 ans qu’il a été mis sur les rails, le programme Villes sans bidonvilles (VSB) a permis à ce jour la résorption des bidonvilles au niveau de 50 villes. Parmi ce total, 7 centres se sont rajoutés sur la seule année 2012 : Azemmour, Bouarfa, Derwa, Lakssar El Kébir, Oujda, Sidi Bennour et Targuist. Cela établit le taux de réalisation du programme VSB autour de 70% jusqu’à présent.

Dix villes devraient encore être déclarées sans bidonville d’ici fin 2013 selon les plans de l’habitat, à savoir Beni Yakhlef, Es-Smara, Kélaat Sraghna, Settat, Sidi-Kacem, Sidi Slimane, Souk Sebt, Tanger, Tétouan, Touissit-Oued El Heimer. Cela devrait porter le nombre de villes sans bidonvilles à 60 à la fin de l’année en cours. Il restera au-delà de cet horizon à débarrasser 25 autres villes de leurs bidonvilles sur le total de 85 villes identifiées depuis le lancement du programme VSB.

Nul doute que ce programme a été jusqu’à présent une bonne recette pour éradiquer les bidonvilles au niveau national. Un simple indicateur pour s’en convaincre : actuellement, 25 000 baraques sont démolies en moyenne par an contre 5 000 avant la mise en place du programme. En lien, la part de la population résidant dans les bidonvilles est descendue de 8,2% en 2004 à près de 4% récemment ou, exprimé autrement, plus d’un million d’habitants de bidonvilles (près de 250 000 familles) ont pu accéder à la propriété les 8 dernières années.

Le programme VSB a coûté 25 milliards de DH jusqu’à présent

Mais le plus dur reste à venir. En effet, parmi les 25 villes où il demeure des bidonvilles à résorber, figurent des foyers historiques de baraques notamment à Kénitra, Marrakech, Rabat, Salé, Témara, et bien sûr le Grand Casablanca. Pour dire, si l’on ne retient que ces 6 villes, ce sont plus de 170 000 familles qui restent à recaser alors que l’Habitat a pu tout juste gérer 250 000 recasements les 8 dernières années.

A ce volume conséquent de familles à recaser, s’ajoutent les contraintes qui se posent sur le terrain au niveau de chaque centre pour décliner le programme VSB. Il y a bien sûr les complications traditionnelles relatives à l’incapacité de procéder à des recensements exacts pour établir la liste finale de la population concernée ou encore les bidonvillois qui refusent de quitter leurs baraques. Il faut aussi dire que les acteurs régionaux et locaux n’assument pas toujours leur responsabilité quant à la gouvernance du programme, selon le diagnostic du ministère de l’habitat lui-même. Rappelons à cet effet qu’en 2011, 400 000 personnes se sont rajoutées aux bénéficiaires du programme VSB du fait d’un laisser-aller au niveau du contrôle de l’habitat anarchique au niveau national. Si ce n’était cette augmentation brutale, les équipes de l’Habitat estiment que le programme VSB  serait parvenu actuellement à un taux de réalisation de plus de 80%.

Une autre difficulté qui se pose pour le programme VSB concerne le financement. Le coût global de ce programme s’élève jusqu’à présent à plus de 25 milliards de DH, dont 10 milliards au titre de la contribution de l’Etat, notamment à travers le Fonds de solidarité habitat et de l’intégration urbaine (FSHIU). Pour tenir la cadence, la tutelle cherche à augmenter et diversifier les ressources de ce fonds avec plus ou moins de succès pour l’heure. L’on se rappelle en effet que l’Habitat lorgnait les recettes de la taxe sur le sable introduite dans la Loi de finances qui au final seront reversées au ministère du transport.

Avec tout cela, l’on ne s’étonnera pas que l’Habitat veuille prendre les devants pour endiguer le phénomène des bidonvilles. A cet effet, la tutelle mise sur l’intensification et la diversification de l’offre en logements. Mais plus que cela, le ministère de l’habitat devrait proposer une loi pour introduire des zones d’aménagement progressif. Il s’agit de parcelles qui disposeront d’un minimum d’équipements et qui seront commercialisées à bas coût. C’est la solution envisagée par la tutelle pour gérer de manière proactive l’habitat non réglementaire, celui-ci devant être capté par ces zones à aménagement progressif.