Villes sans bidonvilles : du business pour les promoteurs

Le programme étatique fournit de l’activité à  des acteurs qui construisent les terrains accordés aux ménages recasés. 58% des ménages concernés par le programme VSB ont été résorbés jusqu’à  présent.

Lorsque l’on pense aux segments d’habitats qui alimentent actuellement l’activité du secteur immobilier, le programme Villes sans bidonvilles (VSB) ne vient pas spontanément à l’esprit. Pourtant, cette formule fait l’affaire actuellement de nombre d’opérateurs. En effet, selon une pratique qui s’est répandue ces dernières années, les lots de terrains qui sont octroyés à certains ménages recasés dans le cadre du programme VSB sont pour la majorité construits par des intermédiaires, révèle Nabil Benabdellah, ministre de l’habitat, lors du dîner-débat organisé par La Vie éco le 13 mai. Plus précisément, la hauteur autorisée pour ce type de foncier étant R+3, ces acteurs construisent sur trois niveaux dont les deuxième et troisième reviennent aux ménages recasés tandis que le rez-de-chaussée et le premier étage sont commercialisés aux conditions du marché.

Les transactions de ce type doivent se compter en milliers durant les dernières années au vu du rythme soutenu auquel est mené le programme VSB. Celui-ci a permis la résorption totale des bidonvilles au niveau de 48 villes sur un total de 75 identifiées au lancement du programme il y a 8 ans. Ce faisant, ce sont un million d’habitants de bidonvilles qui ont pu être recasés dont 33 100 ménages sur la seule période de juillet 2011 à mars 2013. Mais quel est au juste le taux d’avancement de ce programme jusqu’à présent ? L’effectif cible du programme VSB qui a été actualisé depuis le lancement de la formule se monte à 362 400 ménages. Sur ce total, une part de 58% a déjà été recasée, soit 211 104 ménages.

Deux ménages au lieu de deux baraques par lot de terrain

Les 42% restants constitués de 151 296 familles sont traités progressivement. Sur ce reliquat, des unités sont déjà disponibles pour 4% des concernés (13 726 ménages). Des unités sont en travaux pour bénéficier à 56 324 autres ménages (16% de l’effectif restant). Et 81 246 autres ménages (22% du total non résorbés) devraient bientôt voir leurs unités mises en chantier. Mais la suite promet d’être ardue pour la tutelle. En effet, parmi les 27 villes où il reste des bidonvilles à résorber, figurent des foyers historiques de baraques notamment à Rabat et bien sûr dans le Grand Casablanca. Déjà qu’en temps normal le département de l’habitat doit faire face à des difficultés de taille pour mener à bien son programme, du fait notamment de l’incapacité de procéder à des recensements exacts pour fixer la population concernée. Souvent, l’effectif recensé initialement double, voire triple, en raison de pratiques frauduleuses, explique-t-on au sein de la tutelle. Rappelons à cet effet qu’en 2011, 400 000 personnes se sont rajoutées aux bénéficiaires du programme VSB dans un contexte de laisser-aller au niveau du contrôle de l’habitat non réglementaire.

Une donne d’autant plus difficile à gérer que le programme VSB est très consommateur en foncier. En effet, si auparavant les occupants de deux baraques bénéficiaient d’un lot, la tutelle en est venue à octroyer un terrain pour deux ménages pour donner un coup d’accélérateur au programme.

Une autre difficulté qui se pose concerne le financement. Le coût global du programme pour l’Etat se monte à 6 milliards de DH financés en grande partie par le Fonds de solidarité habitat et de l’intégration urbaine (FSHIU). Pour tenir la cadence, la tutelle cherche à augmenter et diversifier les ressources de ce fonds sans toujours y parvenir. L’on se rappelle en effet que l’Habitat lorgnait les recettes de la taxe sur le sable introduite dans la Loi de finances qu’il doit partager à présent avec le ministère du transport. Il n’empêche que les ressources du FSHIU devraient se hisser à 2,4 milliards de DH en 2013 contre 1,9 milliard de DH en 2012 du fait de l’intégration de la nouvelle taxe sur le fer à béton.

Outre traiter l’existant, la stratégie de la tutelle en matière d’habitat non réglementaire consiste aussi à prendre les devants. A cet effet, une loi en préparation devrait permettre d’introduire des zones d’aménagement progressif. Il s’agit de parcelles qui disposeront d’un minimum d’équipements et qui seront commercialisées à bas coûts permettant de gérer de manière proactive l’habitat non réglementaire.