Villes nouvelles : encore des difficultés à  surmonter

La libération du foncier, condition majeure à l’avancement des travaux

Problème en suspens, la gestion urbaine des nouvelles localités

A Tanger, Settat, Agadir et Nador, les chantiers ne sont pas encore ouverts.

Si la volonté politique des pouvoirs publics de désengorger les grandes villes à travers le lancement de nouveaux centres urbains est perceptible, les délais pris pour la concrétisation de ces projets sur le terrain sont nettement plus longs que prévu. Ainsi, sur les six projets de villes nouvelles qui ont officiellement été lancés par Al Omrane, seuls ceux de Tamesna et Tamansourt sont réellement avancés.

Les deux premières tranches de cette dernière ville, située à 7 km de Marrakech, sont maintenant achevées. Les premiers habitants ont même pris possession de leurs logements. La troisième, qui s’étend sur 590 ha, était avancée à 60 % en décembre dernier. Les travaux devraient être complétés avant la fin 2009. Des études sont en cours pour un projet d’extension de quelque 730 ha. Une zone pour les métiers de l’offshoring y est prévue. Si tout va bien, le premier coup de pioche sera donné en juin.

Le chantier n’est pas sans difficulté. «Il faut être patient, une ville nouvelle se construit sur une quinzaine d’années», explique Abderrahmane Chorfi, directeur de l’architecture et de l’urbanisme au ministère. Le dédoublement du pont sur l’oued Tensift et la création d’une bretelle à partir de l’autoroute sont finalement pris en charge par le ministère de l’équipement. Les travaux ont débuté à la mi-février et devraient durer quinze mois. Reste à transférer la décharge publique située entre Marrakech et Tamansourt, dossier sur lequel un engagement de principe a déjà été pris entre Al Omrane et les autorités.

Mais la question la plus urgente, et surtout celle qui se posera pour l’ensemble de ces villes, est celle de la gestion urbaine. Qui s’occupera de l’éclairage public, de la collecte des déchets, de l’entretien de la voirie et des espaces verts ? Al Omrane a promis de s’en charger pour une période de cinq ans.

Pour la suite, «l’idée est d’amener les communes rurales, dont la majorité des villes nouvelles dépendront, à pouvoir assumer ce rôle», indique M. Chorfi. Seulement, pour pouvoir y arriver, ces communes devront disposer d’un plus grand budget. «Une alternative est de transformer les communes rurales situées à plus de 15 kilomètres des grandes villes en centres délimités. Ceci leur permettrait de récolter la taxe perçue sur les autorisations de construire», poursuit-il. La possibilité de faire des villes nouvelles de véritables municipalités est aussi à l’étude.

Cela implique que les communes rurales devront rapidement développer des métiers de gestion urbaine, d’urbanisme et d’architecture, se doter d’équipements appropriés, engager du personnel d’ingénierie, etc. En attendant, le ministère continue visiblement de chercher d’autres solutions (voir encadré). Rappelons que Tamansourt, qui a nécessité un budget de 24,5 milliards de DH, accueillera 300 000 habitants à l’horizon 2015.

Du côté de Tamesna, à 16 km de Rabat, les travaux vont bon train. Cette année, près de 600 logements économiques destinés à des ménages des bidonvilles avoisinants seront livrés et 10 000 familles seront relogées d’ici 2012. A terme, la ville comprendra alors 48 000 logements sociaux, de moyen et de haut standing, 1 400 villas économiques ainsi que différents équipements collectifs. Le budget est estimé à 22,3 milliards de DH.

Tamesna : 600 logements seront livrés en 2008
Les travaux de desserte d’électricité à partir du poste Zaër, tout comme ceux d’adduction et de réservoirs d’eau potable, sont aujourd’hui complétés. L’assainissement semble en revanche poser problème, car les besoins en superficie de la station d’épuration des eaux usées de la ville nouvelle sont estimés entre 20 et 60 ha. Or, 13 ha seulement ont pu être libérés. «Pour les autres terrains avoisinants, les négociations sont en cours. Les prix, 300 DH le m2, sont jugés très élevés», explique-t-on à l’Habitat.

Enfin, les travaux du pont reliant Tamesna à la route de Sidi Bettach, ainsi que ceux d’une voie d’accès à partir de l’autoroute seront incessamment lancés. Autre problème : les ménages du «douar Sodea» demanderaient un traitement particulier et une indemnisation pour évacuer le terrain. Pour la gestion urbaine, Al Omrane, comme pour Tamansourt, a suggéré aux autorités d’élaborer une convention de gestion. La proposition est toujours à l’étude.

Les quatre autres villes nouvelles sont beaucoup moins avancées, pour ne pas dire encore sur le papier. Dans la province de Settat, Sahel Lakhyaita devra surmonter de nombreux obstacles. La libération du foncier donne du fil à retordre à Al Omrane. Une dizaine de propriétaires qui exploitent environ 600 ha de terrains domaniaux, en vertu de contrats de location conclus en 1992 avec la Société de gestion des terres agricoles (Sogeta), refusent de quitter avant l’expiration du contrat en 2010. Des négociations sont en cours.

Le ministère a également relevé que les effectifs déployés pour ce projet étaient insuffisants, et suggère d’instaurer une structure qui lui sera exclusivement dédiée. Pour Tagadirt (Agadir), l’étude de faisabilité est en cours d’achèvement. Quant au projet de la nouvelle ville de Melloussa (Tanger), il sera soumis sous peu à une commission de dérogation. L’Agence urbaine de Tanger devrait ensuite pouvoir l’intégrer à son plan d’aménagement en cours d’élaboration.

Enfin, pour Nador, l’Agence urbaine de la région a donné son aval au projet d’El Araoui. Une commission technique examine actuellement le plan d’aménagement du nouveau pôle urbain.