Villes nouvelles au Maroc : la tutelle veut accélérer la cadence

5 000 hectares à  urbaniser pour 1 million d’habitants et un investissement de 100 milliards de DH. Selon les sources, 70 000 à  78 000 personnes vivent actuellement dans 26 800 unités bà¢ties. La multiplicité des intervenants ne facilite pas la réalisation du chantier dans les délais.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est sans doute utile de rappeler que le gouvernement a inscrit parmi les priorités dans le cadre de son programme pour la période 2012-2016, la mise en place d’une politique de la ville. A ce titre, le ministère de l’habitat, de l’urbanisme et de la politique de la ville a engagé, dès l’adoption du programme gouvernemental, une large concertation avec l’ensemble des acteurs, notamment les différents départements ministériels, les opérateurs publics, les commissions parlementaires, mais également les organismes professionnels.

Ces concertations ont été couronnées par les premières assises de la politique de la ville tenues en juin 2012, et qui ont été l’occasion de restituer les enseignements tirés des concertations régionales et centrales avec les acteurs directement impliqués. Elles ont été également l’occasion de partager le référentiel de la politique de la ville. Aujourd’hui, le ministère a mobilisé l’ensemble de ses entités déconcentrés et les agences urbaines pour mettre au point les premiers projets qui donneront corps à cette politique, et ce, dans une démarche impérativement participative pour assurer l’adhésion des acteurs des territoires cibles. A ce propos, il y a lieu de souligner le rôle incontournable des professionnels qui seront sollicités dans toutes les phases de construction et de mise en œuvre des projets de ville. Il est évident que les acteurs locaux feront appel aux professionnels lors de la conception et la formalisation des projets mais également pour la réalisation des études de faisabilité, ainsi que pour la réalisation des actions inscrites dans le cadre des projets de ville proprement dit. Les professionnels seront également sollicités dans la phase post projet, notamment pour l’évolution de l’impact réel du projet sur les territoires et les populations cibles, et apporter un regard externe au projet.

Pour ce qui est à proprement parler des villes nouvelles, le programme déjà en cours de réalisation est ambitieux. En effet, il consiste en l’ouverture de 5 000 ha à l’urbanisation pour accueillir près d’un million d’habitants. Son coût d’investissement est estimé à 100 milliards de dirhams. De par sa dimension et son envergure, ce programme est une première du genre au royaume, laquelle a permis de réaliser des acquis importants, d’abord dans ses aspects quantitatifs (par l’ampleur des surfaces aménagées), puis dans le rythme de l’offre en logements qu’ils ont pu générer et la réalisation dans des délais relativement courts d’une partie importante des objectifs qui lui ont été assignés par les pouvoirs publics. On peut notamment évoquer l’équilibre du réseau régional et le renforcement de l’armature nationale ; la création d’une offre variée en logement selon le pouvoir d’achat de différentes couches sociales ; l’organisation et l’anticipation du développement urbain prévisionnel (grands équipements, offre en logement aux coûts adaptés, réponse en matière d’emploi, d’infrastructures, de services…) ; la création d’un cadre de vie répondant aux principes du développement durable ; et enfin le développement du partenariat entre le secteur public et privé.

Concrètement, ledit programme est composé de 4 projets phares, à savoir la ville de Tamansourt (travaux lancés le 21 décembre 2004 sur une superficie de 1 172 ha pour un coût global avoisinant les 24,5 milliards de DH et une population de 450 000 habitants) ; la ville de Tamesna (travaux lancés le 13 mars 2007 sur une superficie de 840 ha pour un coût global avoisinant 22 milliards de DH et une population de 250 000 habitants) ; la ville de Lakhyayta (travaux lancés le 30 novembre 2007 sur une superficie de 1560 ha, pour un coût global avoisinant 35 milliards de DH et une population de 300 000 habitants) ; et enfin la ville de Chrafate (travaux lancés le 8 janvier 200 sur une superficie de 770 ha pour un coût global avoisinant 18,5 milliards de DH et une population de 150 000 habitants.

Quid du bilan ? Selon le ministère de tutelle, à juillet 2012, le nombre de logements réalisés s’élève à 26 000 unités. Le nombre de logements en cours de réalisation est de 18 500 unités. 78 000 personnes vivent dans ces structures. Pour ce qui concerne les équipements réalisés, ils s’élèvent à 29 dont 13 scolaires (en cours de réalisation : 12 dont 5 scolaires). L’investissement réalisé en termes d’aménagement est de 3,5 milliards de DH et l’investissement induit en termes de développement s’établit à 10 milliards. Quant au partenariat public-privé, la surface conventionnée est de 446 ha ; le nombre de promoteurs se chiffre à 51 pour finalement afficher un total de logements conventionnés qui s’établit à 78 000 dont 21 500 réalisés et 14 000 en cours.

Des mesures d’accompagnement incontournables

Le ministère de tutelle tient aussi à mettre en œuvre une stratégie d’intervention en faveur du développement des villes nouvelles. En effet, ladite stratégie est axée essentiellement sur la redynamisation et l’activation de la mise en œuvre du programme actuel des 4 villes nouvelles, et ce, à travers des mesures d’accompagnement, telles qu’inscrire le développement des villes nouvelles dans la logique de la démarche de la politique de la ville ; activer le comité interministériel des villes nouvelles ; accélérer la promulgation de la loi sur les villes nouvelles proposée au niveau du code de l’urbanisme pour instaurer un cadre juridique et institutionnel spécifique aux villes nouvelles ; programmer la réalisation des équipements publics dans le cadre de la synergie gouvernementale ; activer la mise en œuvre des conventions déjà signés à ce sujet ; privilégier les villes nouvelles pour l’implantation des grands projets de développement (universités ; grandes écoles et instituts, projets touristiques…) ; activer la valorisation des zones industrielles, d’activités et des mails centraux et accompagner ces zones industrielles et d’activité  par des mesures incitatives permettant leur valorisation rapide et la création d’emplois ; orienter autant que possible les investisseurs, à travers les autorités locales et les CRI, pour exploiter les potentialités des villes nouvelles tout en allégeant les procédures administratives ; assurer une bonne couverture en transports en commun modernes et adaptés ; définir des aires de délimitation des villes nouvelles afin de maîtriser l’urbanisation et assurer un développement cohérent de la zone ; et enfin généraliser les conventions de gestion partagée avec les collectivités locales et résoudre les problèmes des services de proximité.
S’il s’agit sans aucun doute d’un ambitieux programme susceptible de répondre avec pertinence à la problématique de l’habitat, il va sans dire que les mesures d’accompagnement citées ci-dessus sont incontournables. Or, vu l’ampleur de la tâche, la multiplicité des intervenants, les lourdeurs administratives…, il est légitime d’être dubitatif. «Activer» est un verbe qui revient tel un leitmotiv. D’aucuns souhaiteraient qu’on le conjugue à l’impératif !