Village itinérant du Conseil agricole : la parole aux petits agriculteurs…

Les petits agriculteurs déplorent les difficultés d’accès au financement, les problèmes de commercialisation, la cherté des intrants et le manque d’appui technique.

Le chapiteau immense installé au milieu des champs affiche complet dès les premières heures de la journée. A côté, un grand camion remorque drapé de vert annonce l’arrivée du village itinérant du Conseil agricole dans la localité de Mechrâa Belksiri. Depuis ses premières éditions, ce village suscite un enthousiasme particulier partout où il s’implante : les agriculteurs viennent en masse pour exprimer leurs soucis, s’enquérir de l’avancement des techniques agricoles ou tout simplement côtoyer leurs confrères, anciens et nouveaux fellahs. «Alors qu’il est impossible de vous rencontrer à Rabat, vous voir ici en plein milieu de la campagne relevait d’une chimère», a lancé un agriculteur à l’adresse d’un directeur du Crédit Agricole du Maroc (CAM). Son message est révélateur d’un constat et condense la raison d’être même de ce nouveau mode de diffusion de l’information pensé par l’Office national du conseil agricole (ONCA). En effet, il s’agit d’un chaînon important des plans régionaux du Conseil agricole qui vise l’accompagnement, en amont et en aval, des agriculteurs de toutes les filières. Aussi, la caravane a le mérite de faire venir toutes les parties prenantes : responsables des directions régionales de l’agriculture, ingénieurs de la recherche agricole, directeurs des banques et organismes d’assurance pour écouter les agriculteurs.

L’organisation et la commercialisation seront traitées avec plus de profondeur dans la phase 2 du Plan Maroc Vert

Et des préoccupations, il y en a ! A en juger par les différents échanges  et interventions de l’étape de Dar El Gueddari (Mechrâa Belksiri), on en note quatre grandes familles. En premier lieu, plusieurs représentants d’agriculteurs de la région ont fait part de difficultés majeures pour commercialiser leur récolte et trouver des débouchés autres que les classiques qui commencent à se rétrécir devant la concurrence des grands exploitants. «Ce souci est déjà pris en compte avec la mise en place des interprofessions pour toutes les filières agricoles avec des contrats programme dédiés. L’organisation et la commercialisation seront traitées avec plus de profondeur dans la phase 2 du Plan Maroc Vert déjà amorcée», explique les responsables de l’ONCA.

La deuxième concerne l’accès au crédit. «Malgré tout ce qui se dit, le petit agriculteur continue d’être méprisé par les établissements de financement», se désole un exploitant du Gharb sous les applaudissements de la salle. A ce propos, le représentant du Crédit Agricole du Maroc a rappelé l’existence de Tamwil Al Fellah, société de financement créée en partenariat avec l’Etat, et dédiée au financement des petits et moyens exploitations. Le directeur du CAM s’est dit également prêt à revoir tous les dossiers pour lever les éventuels blocages dont se plaignent les agriculteurs.  

La cherté des intrants, troisième point soulevé, est jugée néfaste par les petits exploitants dont les revenus se trouvent laminés par les dépenses en engrais, petit matériel et consommables. En réponse à cette préoccupation, des experts ont évoqué les actions pour l’amélioration de la productivité qui font en sorte que les coûts des intrants baissent marginalement. Acheter une tonne de semence pour produire 10 tonnes n’a pas le même coût si l’on en produit 100 tonnes.  

L’immatriculation des biens reste un gros souci

Enfin, plusieurs autres témoignages d’agriculteurs font état d’un manque de sensibilisation à l’adoption de nouvelles techniques agricoles et de vulgarisation des nouveaux procédés. En réponse à ce déficit, l’ONCA annonce avoir plus de 600 conseillers agricoles sur le terrain. Leur mission, informer et former les agriculteurs sur diverses thématiques relatives aux problématiques agricoles.

D’ailleurs, à l’occasion de l’escale de Mechrâa Belksiri, plusieurs ateliers ont abordé des thématiques techniques, notamment les dispositions pour limiter les pertes à la récolte, les techniques de stockage, les techniques de récolte du tournesol et de valorisation des sous-produits, l’impact de l’irrigation localisée sur la productivité de la canne à sucre, le développement du rendement de la productivité rizicole ou encore l’efficience des systèmes d’irrigation localisée. Les agriculteurs évoquent également les modalités draconiennes et les coûts d’immatriculation des biens.

Pour répondre à ces diverses doléances, les 16 directions régionales de l’ONCA, récemment installées, ont été mobilisées pour identifier de manière participative les programmes prioritaires d’accompagnement pour assurer un support concret des plans agricoles régionaux du Plan Maroc Vert en concertation avec les organisations professionnelles, les institutions et les autres acteurs des régions.