Vidéosurveillance : un business en pleine croissance

Hôtels, agences bancaires et hypermarchés rehaussent leur niveau de sécurité.
Le chiffre d’affaires est en croissance de 20 à  30% par an.
Un équipement complet peut coûter jusqu’à  1 million de DH.

L’insécurité rapporte à certains. Les sociétés spécialisées dans la sécurité le savent bien. Depuis que l’équipement de toutes les agences bancaires en systèmes d’alarme et en vidéosurveillance est devenu obligatoire, elles se frottent les mains. Pour rappel, face à la multiplication des braquages, le ministère de l’intérieur avait intimé l’ordre à tous les établissements bancaires de mettre à niveau le système de sécurité de leurs agences, faute de quoi celles qui ne seraient pas aux normes seront fermées. C’était avant fin mai 2009, dernier délai. La décision avait d’ailleurs été scrupuleusement appliquée.
A l’époque, 540 agences bancaires avaient été équipées en un seul mois par ES-Data Security Systems, société marocaine installée depuis 1991. L’entreprise dispose par ailleurs d’environ 1 000 agents de sécurité et de 4 centres de télésurveillance à Casablanca, Tanger, Oujda et Agadir. Près de 300 sociétés font appel à ses services.

La clientèle reste principalement professionnelle

«Le domaine de la sécurité a connu un essor considérable durant cette décennie, particulièrement depuis le 11 Septembre 2001», confie Abdelhak Rezouki, DG de Communication System, implantée depuis 1992. «Le nombre d’installations effectuées depuis 2000 représente environ 90% des installations totales. Et nous ne sommes qu’à 20% de ce que nous devrions faire», poursuit-il. Le besoin est né rapidement au Maroc. Beaucoup d’opérateurs se sont lancés dans ce secteur, ce qui a entraîné une baisse des coûts. Par conséquent, la vidéosurveillance est devenue plus accessible, mais la qualité du matériel n’est pas toujours à la hauteur.
Majoritairement, la clientèle demandeuse reste professionnelle. Chez ES-Data, seulement 20% des clients sont des particuliers. Pour une villa haut standing, il faut compter entre 10 000 et 300 000 DH. Pour un équipement minimum dans un petit magasin, la facture est d’environ 5 000 DH. Mais dès que l’on choisit un système de sécurité complet et intégré, il faut prévoir jusqu’à un million de DH pour les grandes structures. Ce sont en particulier les grands comptes (banques, hypermarchés, hôtels et autres grandes sociétés) qui commandent ce type d’installations.
Les spécificités techniques évoluant très rapidement, un équipement peut devenir très vite obsolète et le nouveau beaucoup plus cher. Par exemple, une caméra 5 méga pixels coûte 4 fois plus cher qu’une caméra standard.
Ce qui explique que le chiffre d’affaires des grandes sociétés augmente de 20 à 30% environ par an. Cependant, aucune d’entre elles n’a souhaité communiquer ses chiffres. Dans l’ensemble, le marché n’est pas encore bien structuré : à côté de sociétés connues opèrent plusieurs autres, souvent par intermittence. Difficile dans ces conditions d’estimer le nombre d’opérateurs réguliers.
Les professionnels invitent donc à la prudence parce qu’il y a des revendeurs peu attentifs à la qualité des câbles ou aux règles d’installation. Le manque d’expertise est parfois flagrant. Pour Aziz Benharbet, PDG d’ES-Data, les systèmes sont parfois installés à la hâte. «Tout le monde veut faire de la sécurité. C’est à la mode. De fait, le secteur manque de professionnalisme. L’Etat réfléchit justement à une réglementation» , conclut-il. En ce qui concerne une éventuelle connexion avec la police, pour générer des alertes directement chez les autorités, la demande semble peu présente. Au Maroc, ce sont donc des patrouilles dédiées qui se chargent de prévenir la police et de se déplacer sur le lieu.