Viandes rouges : des prix de gros inchangés mais ceux au détail grimpent

Le kilo de viande de tagine est vendu en moyenne entre 75 et 78 DH, alors qu’au sortir des abattoirs il est aux alentours de 60 DH. La longueur des circuits de production et de distribution est pointée du doigt. Les taxes d’abattage expliquent les grandes différences de prix entre villes.

Une augmentation notable des prix au détail a été ressentie au niveau des viandes rouges. En moyenne, le kilo de viande rouge, chez les bouchers est vendu aujourd’hui entre 75 et 78 DH, contre environ 70 DH, il y a un an. Mais encore une fois, dans la viande rouge, il y a une panoplie de produits et de qualités. Pour illustration, on peut acheter, dans la grande distribution, de la viande rouge à des prix plus bas, lors de certaines promotions tout comme on trouve des barquettes de viande bovine à 102 DH le kilo.

Mais en parlant du kilo de viande de base et en remontant au prix de gros, c’est une autre réalité qui apparaît. Les prix de gros relevés au niveau de abattoirs de Casablanca et recueillis auprès de la délégation du ministère de l’agriculture et des pêches maritimes de la métropole se situent curieusement au même niveau, et sont mêmes descendus un peu plus bas qu’en 2011. Trois dates ont été choisies au hasard : les 2, 16 et 30 juin (en évitant les vendredis où les prix ne sont pas relevés puisqu’il n’y a pas d’abattage). En 2011, les prix de la viande bovine ont oscillé entre 59 et 61 DH contre 58,50 DH et 61 DH en 2012. Aux mêmes dates, la viande ovine était vendue entre 53 et 55 DH en 2011 contre 51 à 60 DH en 2012.

Mais quand on demande aux professionnels d’où vient la différence de 18 DH entre le prix du gros et le prix de détail (sur la base de la borne supérieure), la réaction ne se fait pas attendre.

Pour le Dr Hammou Ouhelli, président de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges au Maroc, «l’éleveur n’y est pour rien. Il est plutôt le dindon de la farce puisqu’il n’arrive pas à répercuter l’augmentation du maïs ou des aliments composés qui sont passés de 2 DH à 3 DH, par exemple». Bien évidemment, ce sont les intermédiaires de tous bords qui sont pointés du doigt.

Les professionnels parlent d’une présence de plus en plus massive des intermédiaires et même lorsque l’on s’approvisionne dans les souks (nombre de Marocains en raffolent en oubliant allègrement les possibles conséquences sur leur santé), on est loin d’imaginer que tous les produits qu’on y trouve y compris les bêtes ont changé de mains entre minuit et quatre heures du matin. De fait, même entre l’éleveur et le chevillard on trouve aujourd’hui des intermédiaires.

Certes, les prix de la viande rouge évoluent également entre une ville et une autre et l’une des explications émane du niveau des taxes. Dans le complexe d’abattage de Casablanca, la redevance est de 2,70 DH par kg alors qu’à Mohammédia elle est de 1,10 DH. Dans les souks la taxe n’est pas calculée au kilogramme mais par bête et elle varie entre 100 et 120 DH. Mais cela n’a pas empêché les prix au détail de varier à la hausse, sachant que lesdites taxes, elles, sont restées fixes.
En général, la viande la moins chère provient des circuits parallèles. Les chiffres les plus récents font état d’une consommation urbaine de 13 kg par an contre 8 kg en milieu rural. De ce fait, pour une ville comme Casablanca et en partant du fait qu’avec les visiteurs elle doit compter quelque 4 millions d’âmes, le besoin estimé de viandes rouges est autour de 52 000 tonnes. Or, les quantités effectivement contrôlées par les services de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) sont de 41 000 tonnes, dont 28 500 sont produits au complexe de Casablanca.

Un concept de marché pilote devrait remplacer les souks actuels

A cela, l’on doit ajouter les quelque 8 000 tonnes de viandes rouges produites par l’abattage familial durant la journée de l’Aïd Al Adha.
Oublions qu’il y a un abattage issu d’autres usages comme les fêtes et autres mariages. Il y a donc un manque de plus de 10 000 tonnes et qui proviennent, de manière illicite, soit de l’abattage clandestin, soit de la viande foraine qui atterrit miraculeusement sur les étals des bouchers.

Pour limiter la production de ces circuits informels qui continuent de prospérer, l’une des pistes est d’encourager les privés à investir dans les complexes d’abattage tout en les protégeant contre la concurrence déloyale. C’est là une équation difficile à résoudre mais non insoluble, explique Hammou Ouhelli. Selon lui, l’idée est de mettre en place un concept, déjà prêt, de souk pilote. Il s’agit de ne pas bouleverser les habitudes des ruraux, mais d’assurer des infrastructures permettant de garantir la sécurité alimentaire et l’hygiène de manière à aller vers une meilleure qualité, au profit des professionnels, qui opèrent dans ces lieux, et du consommateur final.