Vente de médicaments au noir :Bayer s’explique

Bayer a découvert le trafic en juillet 2007, deux ans après avoir racheté la division OTC auprès de Roche

Les employés fautifs ont été licenciés dès que la faute a été établie et la justice a été saisie.

Dans son numéro du 14 décembre La Vie éco a fait état d’informations selon lesquelles des médicaments, fabriqués par le Laboratoire Bayer, était vendus au noir. Pour les besoins de l’article publié, nous avions essayé de joindre les responsables de Bayer, sans succès. Ces derniers se sont manifestés après la parution de l’article et apportent leurs explications. Tout en reconnaissant le trafic en question, ils affirment que la société n’a ni initié le commerce illégal des deux médicaments, Aspro et Claradol, ni fermé les yeux sur cette pratique. D’ailleurs, expliquent-ils, c’est seulement en juillet 2007 qu’ils ont découvert le pot aux roses à la suite d’un contentieux avec un grossiste. Celui-ci avait, selon Bayer Maghreb SA, des impayés de l’ordre de 24 MDH cumulés sur des ventes d’Aspro et de Claradol. Ce grossiste, aujourd’hui en fuite, avait quasiment le monopole de la distribution de ces produits en raison de son implication dans le réseau de trafic des médicaments. Une implication qui se confirmera lorsque le laboratoire découvre, toujours au cours du mois de juillet, qu’une livraison de 600 cartons d’Aspro et Claradol, destinée à un pharmacien de Taliouine, dans la région d’Agadir, n’est jamais arrivée à destination puisqu’elle a été détournée vers deux dépôts, notamment à Bouskoura, dans la villa d’un pharmacien aujourd’hui en fuite, et à Sidi Moumen, un site qui était placé sous surveillance par les enquêteurs du ministère de la santé. Pris en flagrant délit, le propriétaire n’a eu d’autre choix que de dénoncer toutes les parties impliquées. Averti par le ministère de la santé, le laboratoire dit avoir immédiatement pris les mesures nécessaires, d’abord en licenciant tous ses employés fautifs.
Depuis, le chef de division santé familiale, le responsable de la distribution ainsi que le délégué commercial, responsables de ces produits, ont été licenciés par Bayer. Ce délégué était, selon les responsables du laboratoire, employé par le laboratoire Roche qui a cédé début 2005 à Bayer sa division de produits OTC (over the counter), comprenant les produits dispensés de prescription médicale comme Aspro et Claradol (et également Supradyne et Berocca).

Les ventes des deux produits ont baissé depuis la mise au jour du trafic
Aujourd’hui, le dossier se trouve au niveau de la cour correctionnelle. Le délégué médical est poursuivi en état de liberté provisoire. Pour sa part, le laboratoire Bayer, qui se veut plus vigilant, dit ne pas regretter d’avoir porté l’affaire devant la justice car cela a permis, selon ses responsables, de démanteler le réseau de distribution illégale. Ce qui contribuera peut-être à réduire (ou à mettre fin à) la distribution des médicaments hors circuit normal, c’est-à-dire par les grossistes et les pharmacies. D’ailleurs, l’évolution du chiffre d’affaires réalisé sur ces deux médicaments montre qu’il y avait bien des anomalies. Depuis le démantèlement du trafic, les ventes ont sensiblement baissé. Affaire à suivre…