Valorisation du patrimoine de Casablanca : le Conseil de la ville revoit sa copie

Les deux conventions signées avec Casa Patrimoine seront revues et un nouveau plan d’action sera adopté. Une nouvelle étude de recensement du patrimoine de la ville est en cours.

Le chantier de la revalorisation du patrimoine économique et culturel de Casablanca n’est pas près d’être bouclé. Le nouveau bureau exécutif du Conseil de la ville va réviser les deux conventions signées avec Casa Patrimoine, société de développement local créée, entre autres, pour résoudre cet épineux dossier. «Une réunion est prévue cette fin de semaine pour décider du sort du plan d’action établi par le management de Casa Patrimoine et validé par le bureau sortant du conseil», explique Mohamed Boujida, président de la Commission des infrastructures publiques et du patrimoine. Il commence par souligner que le plan d’action pour la réhabilitation, la rénovation et la valorisation des bâtiments historiques n’est pas global.

Le conseil juge que les précédents recensements du patrimoine ne sont pas exhaustifs

De nombreux édifices tels que la Sqala, le dôme (Al Kora Al Ardiya) et la muraille de l’ancienne médina ne sont pas inclus dans ce programme. En effet, il ne concerne que neuf sites dont certains ne rentrent même pas dans la catégorie des bâtiments historiques, selon des experts dans le domaine. Ils font allusion principalement aux anciens locaux du marché de gros des fruits et légumes de Casablanca qui, rappelons-le, est source de conflits entre la ville et le groupe Chaâbi qui en était locataire.

Le caractère historique du complexe Vélodrome, du marché Zevaco de la rue d’Agadir et du marché central est aussi contesté par les mêmes experts. Par contre, ils le reconnaissent pour l’église Sacré-Cœur du boulevard Rachidi, la Librairie municipale, le quartier Art et Déco, la Villa Carl Fike et l’ancien aquarium.

Outre le choix des édifices historiques, le nouveau bureau estime que la démarche adoptée par la SDL, qui se limite à la réhabilitation et la rénovation, ne pourrait permettre de valoriser ce patrimoine pour lui donner des vocations culturelles, sportives et socio-économiques sur la période 2015-2020 et en faire un levier de création de valeur et de richesse. Contactée à ce sujet, Zineb Bikri, directrice générale de Casa Patrimoine, n’a pas donné suite à notre demande.

Quoi qu’il en soit, on sait que le bureau du Conseil de la ville vient de confier à un cabinet de conseil une mission de recensement du patrimoine de Casablanca. Le prix du marché est de 5 MDH. Pourtant, une telle opération a été effectuée à deux reprises. D’abord par une commission constituée par le Conseil de la ville en 2013 et ensuite par un cabinet externe mandaté par Mohamed Sajid, ancien maire de Casablanca, en 2014.

Au regard du président de la Commission des infrastructures publiques et du patrimoine, le bureau actuel ne pourra pas travailler sur la base de ces études parce qu’elles n’étaient pas exhaustives. En somme, la nouvelle étude permettra au conseil de la ville d’avoir une réponse claire et chiffrée aux questionnements relatifs à ses biens, leur répartition géographique, leur situation juridique, leur valeur de marché et le manque à gagner découlant du mode de gestion actuel. L’objectif est d’obtenir une base de données riche et exhaustive ainsi qu’un système d’information intelligent et interactif permettant des mises à jour en temps réel pour aboutir enfin à un système d’information géographique permettant de repérer correctement l’emplacement des biens sur une carte.

Corrélativement, le conseil a ressorti des tiroirs le dossier de la récupération des établissements les plus emblématiques mais surtout les plus rentables de la ville (la Sqala, le complexe Lido -Paradise-, l’ancien marché de gros, le complexe sportif de Zénata et ses annexes, et le complexe de tennis Moulay Rachid et ses annexes). L’ancien bureau en avait fait une priorité. Il a même eu gain de cause à l’issue des procédures judiciaires et administratives d’expulsion qu’il avait engagées. Casa Patrimoine devait, immédiatement après la signature de la convention qui la lie à la ville, s’attaquer à la récupération des autres biens. Curieusement, rien n’a été fait.

Une procédure de récupération des immeubles loués sera engagée

Selon une source proche du dossier, ce rétropédalage est expliqué par les pressions d’un puissant «lobby qui siégeait à la CUC».

Vrai ou faux, il est en tout cas certain que les occupants de ces sites ont des arguments solides les autorisant à camper sur leurs positions. Sans donner de précision, Mohamed Boujida reconnait qu’il est difficile d’expulser ces concessionnaires. En revanche, il confirme que le Conseil de la ville est en train d’étudier de nouvelles pistes pour régler ce dossier.

Enfin, la CUC a décidé de revenir sur les décisions prises par l’ancien bureau sur le dossier des immeubles et maisons appartenant à la ville et loués à des prix très bas aux particuliers et aux entreprises (150 à 200 DH par mois). En effet, face à la lenteur et à la complexité des procédures judiciaires, l’ancien bureau avait fait le choix en 2014 de revendre ces biens aux locataires à des prix accessibles. Aujourd’hui, le nouveau bureau juge que l’opération n’est pas rentable. En clair, il a décidé d’entamer les procédures de récupération de ces biens .