Vacances de fin d’année : les hôteliers dans l’attentisme

Sans surprise, les réservations de touristes étrangers sont en baisse. Les intentions des touristes nationaux sont la grande inconnue de cette fin d’année.

Pour beaucoup d’opérateurs touristiques, la fin d’année aura un goût amer. Ceux-ci ont en effet peu d’espoir de remplir leurs établissements pour cette période et certains s’accordent même à dire que la saison sera en dessous des derniers mois de 2014, qui avaient, on se rappelle, connu une chute drastique des séjours, du fait du contexte d’insécurité. «Il y a très peu de réservations de la part des marchés émetteurs pour les fêtes de fin d’année. Le paradoxe est que le trafic aérien est en progression alors que les hôtels ne sont pas complets», résume Fouzi Zemrani, vice-président de la Confédération nationale du tourisme (CNT). A Agadir, malgré des offres intéressantes, à partir de 500 DH la nuit et 300 DH le dîner du 31 décembre, la situation n’est guère encourageante. «Sans surprise, les réservations ne sont pas bonnes. Le marché allemand se tient, voire est en progression mais nous sommes très loin des niveaux des années passées. Nous allons probablement terminer l’année en baisse par rapport à 2014, qui était déjà catastrophique», confie Chafik Mahfoud Filali, président de l’Association régionale de l’industrie hôtelière (ARIH) d’Agadir. A Fès, le marché est atone. «Depuis janvier, les arrivées et les nuitées sont en régression, alors que les arrivées à l’aéroport de Fès-Saïss ont augmenté d’environ 4%. Novembre a été très difficile et décembre ne s’annonce guère meilleur. Nous sommes fortement impactés. Nous n’avons jamais vu ça», se désole Driss Faceh, président du CRT de Fès. Qu’il s’agisse d’hôtels ou de maisons d’hôtes, il reste aisé de trouver une chambre dans la ville impériale. «Malheureusement, tous les types d’hébergement sont concernés», explique M. Faceh. Deux plans d’action, l’un avec l’ONMT, l’autre avec les autorités locales, seront lancés prochainement pour doper la promotion de la destination auprès des touristes étrangers.

A Tanger, le discours des professionnels est sensiblement le même. «Ce n’est pas la grande ruée. Les hôteliers n’ont d’ailleurs pas fait beaucoup d’offres spéciales fin d’année. D’ici la semaine prochaine, nous aurons davantage de visibilité», déclare Abdelghani Ragala, directeur du CRT de Tanger-Tétouan.

A Marrakech, l’optimisme est de rigueur

Seule Marrakech pourrait tirer son épingle du jeu. Sur la plate-forme de réservation en ligne Booking.com, les mentions «il nous reste 1chambre» ou «établissement réservé x fois aujourd’hui», concernant un séjour de 4 nuits pour le Réveillon de fin d’année dans la ville ocre, ne sont pas rares. «Plusieurs hôtels, des enseignes étrangères en particulier, affichent complet à partir du 27 décembre. Certaines maisons d’hôtes sont aussi complètes», nous confie Abdellatif Abouricha du Conseil régional du tourisme (CRT) de Marrakech. De nombreuses offres spéciales sont disponibles, à l’image du package «3 nuits, la 4e offerte» proposé par plusieurs hôteliers. «Nous serons probablement au même niveau que l’année dernière. Nous comptons également sur plusieurs célébrations privées», nous a confié Patrick Lebufnoir, directeur général délégué du pôle hôtellerie et loisirs du groupe Palmeraie Développement, en marge du lancement de Palm World Vacation. Dans la ville ocre, la quasi-absence de touristes étrangers, à l’exception des Allemands et Britanniques, se fait néanmoins clairement sentir. «Pour l’instant, la situation n’est pas brillante. Nous attendons la semaine prochaine pour savoir exactement comment se conclura cette année», explique Lahcen Zelmat, directeur général du Palm Plaza Marrakech et président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH).

Pour beaucoup de ces professionnels, la grande question est de savoir si les nationaux vont se déplacer pour cette fin d’année. «Les Marocains vont probablement profiter des jours fériés de cette fin d’année mais dans quelle mesure ? Et vont-ils se contenter de choisir l’une ou l’autre semaine pour partir ?», se demande M. Zelmat. A Fès, on compte beaucoup sur les touristes nationaux mais on ne se fait pas beaucoup d’illusion. «Le tourisme national se maintient mais il manque de professionnalisme et de maturité. La plupart des Marocains réservent à la dernière minute», explique M. Faceh. Dans les prochains jours, une campagne sera lancée à destination des Marocains pour la fin d’année. «Il faut faire attention au risque de considérer le touriste national comme une roue de secours. Or, il faut le traiter à sa juste valeur», prévient M. Zemrani.

Les prix sont déjà à un niveau très bas

Une chose est sûre : les professionnels, malgré la situation, n’ont pas bradé leurs prix. Bon nombre d’entre eux préfèrent encore enregistrer un taux d’occupation peu satisfaisant que vendre à perte. «Les hôteliers ne cassent pas les prix», résume M. Ragala, à Tanger. Néanmoins, ils ont fait des efforts significatifs. Le Royal Tulip City Center propose par exemple les 3 nuits du 31 décembre au 3 janvier à moins de 3 000 DH. A Agadir, l’Iberostar Founty Beach accorde 27% de réduction aux utilisateurs de Booking.com, soit 3 107 DH la chambre double «économique». «Toute l’année, il y a des promotions. Les prix n’ont, de toute façon, jamais été aussi bas. Ce n’est pas le prix qui fera venir la clientèle concernée par le contexte sécuritaire», nous confie, avec justesse, M. Faceh.