Union Marocaine des Banques : un provisoire qui dure depuis 40 ans !

Gérée par procuration entre 1967 et juillet 2007 par la BMCE, elle est depuis près d’un an sous la responsabilité d’un commis d’Etat.
La loi bancaire impose pourtant la liquidation après plus d’un an d’administration provisoire.
Problème, son actionnariat atomisé et hétéroclite ne permet pas de constituer un bloc homogène à qui serait confiée la gestion.

Le secteur bancaire marocain a été marqué, au cours de l’année 2007, par le retour à la conformité vis-à-vis des ratios prudentiels et règles de provisionnement des établissements publics, jadis en grandes difficultés, comme le CIH et le Crédit Agricole du Maroc.

Aussi, Bank Al Maghrib (BAM) peut-elle se prévaloir d’être l’autorité de tutelle d’une corporation qui ne compte plus ni éclopés ni établissements faisant entorse à la nouvelle loi bancaire promulguée en 2006. Une assertion qui souffre pourtant d’une seule exception : l’Union Marocaine des Banques (UMB).

En effet, cet établissement un peu particulier qui ne compte que six agences bancaires, à travers le royaume, pour un total bilan effleurant à peine le milliard de DH, est en situation exceptionnelle depuis plus de 40 ans ! Une situation connue dans le jargon bancaire par l’Administration provisoire mais qui n’a de provisoire que le nom car l’UMB est sous ce régime depuis 1967, année où les autorités monétaires l’ont extraite du pouvoir de son Conseil d’Administration et l’ont placée sous l’administration de BMCE Bank. Mais comment en est-on arrivé là ? Et comment justifier une telle immixtion ?

BMCE a fini par rendre le tablier en raison de conflits d’intérêt

Il faut dire qu’avec un capital éclaté entre plusieurs centaines de personnes physiques souvent désintéressées tels feux les princes Moulay Abdellah et Moulay Ali ou en déshérence notamment parmi les étrangers qui comptent des Espagnols et des Américains, l’assemblée générale cumulait les problèmes de quorum et n’avait plus de crédibilité pour restaurer une situation compromise par des années de mauvaise gestion. Face à une telle débandade, BMCE Bank, banque publique à l’époque, a été appelée à la rescousse pour redresser la barre et préserver les intérêts des épargnants.

Après une période de 40 années de gestion par procuration au bout de laquelle un certain assainissement a été opéré et des frondes temporaires d’actionnaires ont surgi ponctuellement pour crier au conflit d’intérêts, BMCE Bank a préféré remettre le tablier, en juillet 2007, pour ne plus mobiliser de l’énergie sur un dossier qui n’était plus en phase avec sa vocation, notamment depuis sa privatisation en 1995.

Depuis cette date, le relais de la gestion provisoire ayant été confié à un commis d’Etat. Sous le mandat de ce nouveau gestionnaire, la banque a réalisé, au titre de l’exercice 2007, des performances assez honorables pour un établissement aux «mains liées».
En effet, l’article 93 de la Loi 34-03 relative aux établissements de crédit et organismes assimilés stipule que «l’administrateur provisoire ne peut procéder à l’acquisition ou à l’aliénation de biens immeubles ou de titres de participation et emplois assimilés que sur autorisation préalable de Bank Al-Maghrib».

Ce qui empêche l’acquisition de locaux (quel que soit le mode de financement) et entrave, par conséquent, le développement de la banque par l’extension de son réseau d’agences.

Capital social et fonds propres trop faibles

Au-delà des performances financières sous contrainte, c’est au registre des exigences de la réglementation bancaire que le bât blesse. L’UMB est en infraction aussi bien avec la loi bancaire, pour ce qui est du délai de l’Administration provisoire qui ne devrait pas dépasser un an, selon l’article 150 (voir encadré), à compter de sa promulgation en février 2006, qu’avec la circulaire du 30 novembre 2006 du gouverneur de BAM relative au capital minimum des établissements de crédit.

Aussi, avec un capital d’à peine 3,5 MDH et des fonds propres d’un peu plus de 50 MDH, cette banque est-elle loin de respecter le plancher minimal de 200 MDH exigé des banques qui collectent des fonds publics (les dépôts de l’UMB totalisent plus de 800 MDH).

Le seul salut face à l’invraisemblance d’une recapitalisation par les actuels actionnaires pourrait provenir d’une réévaluation du patrimoine immobilier qui recèle, semble-t-il, de belles pépites, en vue d’en incorporer les plus-values potentielles en fonds propres. Il faut rappeler que l’UMB avait absorbé, au lendemain de l’indépendance du pays, la défunte Banco Inmobiliario de Marruecos qui, elle, détenait un portefeuille immobilier reluisant au nord du Maroc.

Au demeurant, BAM est confrontée à un sacré dilemme avec le petit poucet du secteur. Elle ne peut ni en restituer la gestion aux actionnaires, du moins tant qu’un bloc crédible de référence ne se serait pas constitué ni faire perdurer davantage une situation provisoire qui ne respecte pas les règles qu’elle s’est efforcée à faire respecter par toute la profession. Seule une absorption par une autre banque de la place pourrait circonscrire le problème mais encore faut-il que les actionnaires acceptent et que des acquéreurs se manifestent. D’ici là circulez, c’est le provisoire qui s’éternise .