Une journée avec les équipes de forage de Circle oil company

L’explorateur anglo-irlandais a ouvert un nouveau chantier dans le Gharb, après avoir réalisé trois forages réussis en 2008.
Une journée de forage revient entre 50 000 et 60 000 dollars, sans compter les charges en amont.
Reconnaissances magnétiques ou gravimétriques, sismique 2D et 3D : le forage est précédé de plusieurs étapes.

Circle oil company a la main heureuse au Maroc. Détenteur d’un permis d’explorer sur un lot  de 200 km2 dans le Gharb, depuis la mi-2006, l’explorateur anglo-irlandais a procédé à trois forages en un temps record. Ils ont donné lieu à la découverte de réserves de gaz qui, certes, restent encore à évaluer, mais constituent tout de même des succès dans le jargon de l’exploration pétrolière et gazière. Et, justement, pas plus tard que la semaine dernière, Circle oil company était en train de mettre la dernière main à son quatrième forage, toujours, dans la même région. La grosse machine de forage louée à une société roumaine était prête à entrer en action lundi dernier sur une plateforme de 120 m sur 70 m où s’activait une bonne soixantaine de personnes. Les spécialistes qui supervisent l’opération sont juchés à 28 mètres de haut, au sommet de l’installation, pour avoir de la visibilité sur tout ce qui se passe. A leur tête, un Marocain, Mimoun Sghir, un ancien de l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym) justement qui, après un départ volontaire, a créé une société de service en Europe. Circle oil company a fait appel à lui pour sa compétence et c’est lui qui a conduit les trois forages effectués jusque-là avec succès dans le Gharb depuis 2008.
Mimoun Sghir qui a reçu La Vie éco sur le site refuse tout commentaire sur l’opération elle-même. Tout ce qu’il veut bien dire, c’est que la machine louée est d’une puissance de 1 500 cv et qu’elle peut forer jusqu’à une profondeur de 2 000 m. Il veut bien expliquer également que 70 personnes travaillent sur une opération de cette sorte durant les moments forts.

Les règles de sécurité sont appliquées à la lettre
Le forage est baptisé DRJ 6. Ce n’est pas un code, mais le nom du douar le plus proche (Douar Jbara) situé à quelques kilomètres de Dar Guédari (nom d’un ancien caïd de la région), le village le plus proche du site. Mechraa Belksiri, le chef lieu de la région, est à 25 km au nord.
A travers quelques indiscrétions glanées auprès de spécialistes, on sait que les machines de forage que les explorateurs ne font que louer, au coup par coup, reviennent entre 22 000 et 30 000 dollars par jour. Elles sont toujours accompagnées de l’équipe, une vingtaine de personnes, qui les fait tourner, selon les instructions du client. Mais il n’y a pas que la machine de forages car d’autres spécialistes sont là pour donner un avis ou parer à une difficulté.
Il y a aussi d’autres équipements comme les grosses grues et les équipements de secours. Même une ambulance est là car les explorateurs de pétrole appliquent les règles de sécurité à la lettre. D’ailleurs, on n’entre pas dans le site comme dans un moulin. Il y a des guetteurs qui sont placés à l’entrée de la piste aménagée par l’explorateur pour la réception du matériel.
Au total, Mohamed Nahim, responsable à la direction pétrolière à l’Onhym, avance qu’une opération de forage coûte entre 50 000 et 60 000 dollars par jour.

Environ trois à cinq semaines pour boucler un forage
Bien entendu, un chantier du genre se prépare minutieusement et il faut environ trois à cinq semaines pour boucler un forage car le relief, la difficulté d’accès ou l’éloignement sont autant d’éléments qui peuvent donner lieu à des surcoûts.
Mais Mohamed Nahim explique que ces chiffres sont extrêmement parcellaires, s’agissant d’un métier comme celui de l’exploration pétrolière et gazière. «Il faut comprendre que la décision de forer ou non et le choix du site sont précédés d’un autre travail extrêmement coûteux», fait-il savoir. Au tout début, il faut des reconnaissances magnétiques, gravimétriques ou aéro-gravimétriques. Ensuite, si le terrain est «prometteur», on va procéder par des acquisitions sismiques 2 D. Et déjà pour chaque kilomètre linéaire reconnu, il faut entre 6 000 et 7 000 dollars, sans compter les dédommagements à verser aux paysans si on prospecte sur des terres cultivées, par exemple. Et c’est ce qui est arrivé à Ouled N’zalla et Dar Gueddari.
Si les résultats sont positifs, un prospecteur va alors décider d’aller vers des reconnaissances en sismique 3 D. «Ces termes  techniques sont des méthodes de prospection qui, après études et lecture des résultats, permettent de déterminer l’opportunité ou non de passer à l’étape suivante», commente M. Nahim.
Il arrive, néanmoins, que l’on fasse chou blanc. Et c’est pour cela que les prospecteurs, à moins que le risque ne soit minime -l’est-il jamais- préfèrent se mettre à deux ou trois dans la recherche de l’or noir. C’est un domaine où les va-et-vient des opérateurs sont incessants. Maersk et Hydro, qui prospectaient au Nord du Maroc, viennent de déclarer forfait et de plier bagages. Dans le même temps, Petro Canada arrive du côté de Zag (Bas Draâ) et décide de faire la reconnaissance sismique 2 D. Ce qui est une grosse prise de risque.
Mais il doit sûrement avoir ses raisons. Tout comme Repsol, Dana Petroleum et Gas Natural qui viennent, paraît-il, de tirer le gros lot au large de Larache. Circle oil, lui aussi, espère faire une découverte intéressante avec son quatrième forage, près de Douar Jbara.