Une gestion à l’américaine d’un groupe familial tentaculaire

A 37 ans, Sarah Kerroumi entame sa 4e année en tant que SG d’Ynna Holding. Dès sa nomination, elle a hérité de dossiers chauds. Son objectif est de contribuer à faire prospérer le groupe pour créer de la valeur ajoutée pour l’économie marocaine.

«C’est une très bonne négociatrice. Elle a lancé trois grands projets dans le cadre de la restructuration et de la réorganisation du groupe qu’elle a menées. Moi-même, je n’aurais pas pu obtenir des banques et des assurances les avantages dont elle a fait bénéficier la holding», lance Abderrahim Douah, directeur financier d’Ynna Holding et ancien banquier. Ces compliments sont adressés à Sarah Kerroumi, nommée au poste de secrétaire générale du groupe en décembre 2013 par feu Miloud Chaâbi. Elle entame aujourd’hui sa quatrième année dans un poste sensible où elle sert de relais entre la holding et ses 30 filiales. Après son installation, elle est passée par l’étape cruciale du planning d’intégration d’Ynna Holding, marquée par la présentation aux DG et aux directeurs financiers de chaque filiale.

A l’époque, l’étonnement est le sentiment général quant au choix de celle qui remplace Ahmed El Guermai, qui a fait valoir ses droits à la retraite. Selon ses collaborateurs, feu Miloud Chaâbi avait l’habitude de nommer ses proches aux postes clés. Cette fois-ci, il dérogera à la règle. La nouvelle SG était jusque-là directrice du département audit et contrôle de gestion de la filiale d’Ynna Al Karama, embouteilleur d’Ain Soltane. «Pour ma part, je n’étais pas surpris. Si Lhaj choisissait bien ses profils de hauts cadres, il a fait son choix en connaissance de cause», glisse Abdellatif Omary, directeur juridique du groupe. «Cette nomination rentre dans le cadre de la stratégie de rajeunissement et d’impulsion de sang neuf orchestrée par feu Miloud Chaâbi», explique M. Douah. Aujourd’hui, on attribue déjà à la secrétaire générale des qualités tels que le sens de l’écoute, la rigueur et la persévérance. «Elle peut enchaîner des réunions pendant des heures sur différents secteurs d’activité. Son point fort est le sens de l’écoute. En outre, sa prise de décision est toujours collégiale», déclare un de ses proches collaborateurs.

Son credo, la rigueur

Privilégiant la politique d’ouverture, la lauréate de l’Université Al Akhawayn sait qu’elle a beaucoup à apprendre de ses collègues qui la devancent de plusieurs années d’expérience au sein du groupe. «C’est par le travail et la rigueur qu’on s’impose», lance-t-elle. Le travail était en effet bien plus que nécessaire car Sarah Kerroumi a hérité de dossiers «brûlants». Parmi ces dossiers figurait celui d’Ynna Steel. «Tout le monde au sein du groupe considérait que la justice était le seul recours pour trouver une issue à l’affaire d’Ynna Steel. Mme Kerroumi l’a finalement résolu à l’amiable», déclare M. Douah. En effet, il y a quelques années, la filiale de sidérurgie de Ynna Holding a fait appel à Bascotecnia, un fournisseur espagnol d’immobilisations. Et ce, pour la construction de son usine à Berrechid. La société a failli à ses obligations contractuelles et a eu recours à l’arbitrage international pour recouvrer ses droits. Finalement, le dossier a été résolu à l’amiable. «L’usine va redémarrer cette année et emploiera 300 personnes. Une mise à niveau est toutefois prévue, l’investissement est de 80 MDH», déclare Sarah Kerroumi. Par contre, cette dernière se refusera de se prononcer sur le dossier du marché de gros de Casablanca, désormais entre les mains de la justice. Quoi qu’il en soit, Mme Kerroumi semble avoir fait sa place au sein d’Ynna Holding qui emploie 20 000 collaborateurs dont 40% de femmes cadres.

Son management à l’anglo-saxonne plaît. «Je délègue beaucoup», remarque-t-elle. Sa manière de travailler est, elle, orientée résultat. «Les dossiers prennent leur chemin et aboutissent à un résultat», commente un collègue. Et pour cause, cette native d’Agadir, ayant grandi à Rabat, a été formée à l’Université Johnson & Wales où elle a obtenu un MBA en 2005. «J’étais parmi les rares étudiants à ne pas avoir d’expérience professionnelle probante. J’avais à peine 6 mois à mon actif passés chez Redal, à Rabat, où je me chargeais de coordonner les projets d’infrastructures. Lors de ma formation de MBA, je me suis retrouvée avec des pilotes et de hauts cadres très expérimentés… Malgré cela, je suis sortie major de ma promotion», dit-elle non sans fierté. Après 18 mois, elle intégrera la School of Technology de l’Université Johnson & Wales où elle sera assistante du doyen pendant 2 ans et demi. Ce poste lui permettra de piloter des projets dans l’enseignement et le volet social.

Une formation reçue au Maroc et à l’étranger

Après 4 ans et demi passés au pays de l’Oncle Sam, Sarah Kerroumi rentre au bercail. Elle choisira de reprendre sa carrière au Maroc dans un cabinet de conseil en communication de Rabat où elle fera preuve de polyvalence. «Aux Etats-Unis, le branding et le marketing sont les atouts les plus puissants de l’entreprise. J’ai voulu expérimenter cela au Maroc à travers ce cabinet. Parallèlement, j’ai pu toucher à diverses fonctions de l’entreprise, en l’occurrence les ressources humaines, le marketing, la communication et la finance», déclare Sarah Kerroumi.

En 2009, le groupe Chaâbi lui ouvre ses portes. Mariée et mère d’une petite fille, elle aura passé 2 ans à Rabat avant de rejoindre Al Karama pour en devenir la directrice audit et contrôle de gestion en 2011. Cette expérience chez un challenger du secteur des eaux minérales au Maroc a-t-elle suffi pour prendre les rênes des fonctions support d’Ynna Holding ? Il semble que Aïn Soltane lui a porté chance. Mais, aujourd’hui, elle veut aussi développer les autres branches du groupe : industrielle, agro-alimentaire, distribution et immobilier, entre autres. «Les filiales sont très autonomes. Dans chaque structure, il y a un DG connaisseur du métier. Notre objectif est de continuer à prospérer, garder notre position dans l’économie marocaine et créer de la valeur ajoutée», résume-t-elle.