Une centaine de «vraies» applications mobiles marocaines et… beaucoup de bricolage !

Au Maroc, l’essor de l’utilisation des Smartphones et des tablettes est une bonne base pour le développement de contenus. La plupart des applications développées de façon indépendante ne présentent pas un gros intérêt. Les entreprises investissent très peu dans le développement et les business angels se font rares.

Les Marocains, qu’ils soient aisés ou un peu moins, sont de plus en plus équipés en Smartphones et en tablettes tactiles. Alors qu’on ne comptait qu’entre 100 000 et
200 000 Smartphones en 2010, le rapport annuel 2013 de l’Agence nationale de régulation des télécommunications (ANRT) faisait état d’un parc de 7,4 millions de ces téléphones «intelligents», contre 3,6 millions en 2012. «Cette forte hausse a été observée aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural», précise le document. 40% des urbains et 21% de la population rurale équipés de mobiles le sont ainsi en Smartphone. De la même façon, les ventes de tablettes tactiles continuent d’enregistrer de fortes croissances: il s’en est écoulé 150 000 unités au cours du premier semestre de cette année, soit 60% de plus qu’à la même époque l’année dernière. Les experts prédisent que cette tendance, même si elle pourrait bien se ralentir en ce qui concerne les tablettes, se poursuivra au moins pour les Smartphones dans les années à venir.
Plus nombreux donc et très souvent connectés à Internet, ces appareils restent néanmoins encore trop dépendants d’un contenu étranger. «Les téléphones mobiles concentrent 50% du temps consommé sur Internet. Au Maroc, il ne s’agit pas d’une vraie consommation. Tous les frais qui touchent à la bande passante passent à l’étranger et quasiment toute la valeur est à la Silicon Valley», constate Mohamed Benboubker, DG chargé du développement de Mobiblanc qui compte aujourd’hui une quarantaine de grands clients et le développement de 80 applications à son actif. «Dans le monde du développement mobile, la concurrence est rude. Même les Français ont du mal à suivre car tout est aux Etats-Unis», poursuit le spécialiste.

La 4G augmente les opportunités

En effet, en termes de contenu, les Smartphones utilisés au Maroc ne profitent pour l’instant que d’un choix limité au niveau local. Comme applications «officielles», développées pour le compte d’entreprises telles que des banques, des opérateurs télécoms ou encore des médias, le Maroc n’en compterait qu’une petite centaine contre moitié moins en 2012. La production reste cependant faible.

A côté de celles-ci, une flopée d’applications a été mise au point par des développeurs indépendants avec des résultats plus ou moins positifs. Convertisseur de dirhams, calendrier des jours fériés, alerte radars, gastronomie nationale ou proverbes marocains, on trouve vraiment de tout sur les boutiques virtuelles des systèmes d’exploitation mobiles, tels que Google Play et Apple Store. Il n’est pas rare non plus de voir des applications mobiles développées de façon indépendante et utilisant les informations publiques d’une entreprise pour délivrer un service aux mobinautes. Avant qu’Autoroutes du Maroc ou l’ONCF ne développent leurs propres applications mobiles, d’autres avaient en effet déjà fait le travail. «Il n’y a pas un vrai marché du contenu mobile au Maroc. Les entreprises n’ont pas encore le réflexe d’allouer des ressources humaines et matérielles à une stratégie mobile. En 2015, il y aura davantage d’infrastructures avec la 4G mais où sera le contenu ? Nous sommes en train de reproduire ce qui s’est passé avec l’arrivée d’Internet au début 2000 quand beaucoup se contentaient de lancer un petit site web sans grand intérêt», se lamente M. Benboubker. Pour ce dernier, le Maroc risque de perdre de précieuses ressources alors même que la communauté des développeurs est importante dans le pays. «A un moment, ça devient plus avantageux d’ouvrir des antennes à l’étranger. Nous prévoyons d’ailleurs de nous installer en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient, là où les marchés sont plus réactifs», confirme-t-il.

Réserver votre taxi grâce à une application

Avec un capital de départ de 450 000 DH, Yassir El Ismaili Idrissi a créé, en juin dernier, Taxiii, une application qui permet de réserver un petit taxi dans les villes de Rabat et Casablanca et des taxis inter-villes, notamment à destination des aéroports de Rabat et Casablanca. Taxiii, aujourd’hui, c’est 6000 téléchargements, 1 800 utilisateurs enregistrés, 4 100 réservations, une flotte de 27 taxis dans la capitale et de 35 à Casablanca. «Nous sommes partis du principe que les Casablancais dépensent entre 1,5 et 2,5 milliards de DH en courses de taxis par an. Il s’agit d’une dépense que les gens font déjà», explique M. Idrissi. La tête pleine de projets, avec notamment l’installation de franchises en Afrique ou encore d’un service de covoiturage qui sera lancé dans 2 mois, le jeune entrepreneur espère dégager un bénéfice d’ici fin 2015. En attendant, il espère bien lever des fonds pour continuer à faire vivre son aventure digitale. En l’absence d’une communauté de business angels et d’un financement d’amorçage massifs, les développeurs qui planchent sur le contenu digital de demain font comme ils peuvent.

Si la valeur est à l’étranger, c’est aussi parce que la totalité des applications mobiles développées au Maroc sont gratuites, alors que beaucoup d’applications mobiles internationales sont payantes. «Est-ce que le Marocain est prêt à payer pour un service ?», se demande M. Benboubker. Quand on sait qu’au marché de Derb Ghallef et dans beaucoup d’autres villes, on peut les installer toutes gratuitement, la réponse est évidente.