Un plan de sauvetage pour la Sonarges

Les pertes ont été absorbées par une opération accordéon effectuée fin 2014. Les dettes fournisseurs sont réglées et celles relatives à l’entretien des équipements lourds sont en cours.

La Société nationale de réalisation et de gestion des stades (Sonarges) ne risque plus la faillite. Le redressement de cette entreprise publique est bel et bien entamé. Après le départ de Mohammed Ouzzine, ancien ministre de la jeunesse et des sports, et la nomination de Mohand Laenser pour assurer l’intérim, de nombreuses décisions ont été prises. Entre autres, Rohlislam Chimi a été nommé président du directoire par intérim en septembre 2014, en remplacement de Karim Aqary. Ensuite, l’assemblée générale extraordinaire des actionnaires, tenue au début de novembre 2014, a décidé d’augmenter le capital social de 60,5 MDH pour le porter de 19,2 à 79,7 millions, puis de le réduire de 68,6 millions pour le ramener à 11,1 millions.

«L’objectif de cette opération était d’absorber les pertes cumulées par la société depuis son démarrage», explique Lahcen Adid, secrétaire général de la Sonarges. Entre-temps, les équipes de Laenser avaient entamé des pourparlers avec le ministère des finances suite auxquels la société «a réussi à obtenir 40% des subventions non versées depuis l’exercice 2012», confie le SG. Et d’ajouter : «Le ministère a versé 8 MDH fin 2014 et 10 millions début 2015».

A cette période, Lahcen Sekkouri, actuel ministre de la jeunesse et des sports, occupait le poste de chef de cabinet de Mohand Laenser, lequel a été obligé de céder son portefeuille pour cause de cumul de fonctions (il a été élu président de la Région de Fès-Meknès). «M. Sekkouri a suivi le dossier de la Sonarges et dès qu’il a été nommé ministre en octobre 2015, il a décidé de le prendre en main», explique le SG.

Pour consolider les actions entreprises, un plan de redressement a donc été mis en place. C’est dans ce cadre qu’un appel à candidatures pour la nomination d’un nouveau président du directoire a été lancé récemment. Ensuite, le management a procédé à l’assainissement de ses dettes, cela grâce à la subvention, mais également aux revenus de l’entreprise au titre de l’exercice 2014, année durant laquelle le chiffre d’affaires a été de 36 MDH. Les factures des petits fournisseurs sont toutes réglées, et celles relatives à l’entretien sont en cours. A ce jour, «la situation financière est équilibrée», confirme le SG.

Néanmoins, la survie de l’entreprise est tributaire de la réussite de la deuxième partie du plan de sauvetage. Sur ce volet, le ministre de la jeunesse et des sports explique que «depuis sa création, la Sonarges souffre de difficultés financières. C’est pourquoi il est important de repenser le business model pour pouvoir relancer l’activité», souligne-t-il. A ce titre, la tutelle envisage d’établir des partenariats avec des opérateurs internationaux spécialisés, principalement dans l’événementiel sportif, pour mieux exploiter et rentabiliser les infrastructures. Apparemment, il n’y a pas de grande différence avec le choix initial. C’est l’avenir qui dira si les nouvelles méthodes de mise en œuvre sont pertinentes ou pas.

Un business plan très ambitieux

Rappelons que le projet de création de la Sonarges a été lancé sous le mandat de l’ancienne ministre de la jeunesse et des sport, Nawal El Moutawakil.

A cette époque, le Maroc avait l’ambition d’organiser «la Coupe du monde des clubs». En 2008, feu Abdelaziz Meziane Belfkih, alors conseiller de SM Mohammed VI, a eu l’idée de la création d’une entité indépendante en charge de la supervision des travaux de construction des infrastructures sportives, mais également de leur exploitation. C’est ainsi que la Sonarges a vu le jour en 2009 sous le mandat de Moncef Belkhayat. Au moment de la création de l’entreprise, une étude économique pour la période 2010-2020 a été confiée au cabinet international de conseil stratégique Roland Berger.

Selon les recommandations du cabinet, durant les cinq premières années, la Sonarges devait assurer son équilibre financier grâce aux recettes générées par l’activité d’exploitation des trois stades de Tanger, Marrakech et Agadir, mais aussi grâce aux revenus relatifs aux centres sportifs de proximité. Durant ces 5 premières années, l’Etat devait également verser des subventions annuelles pour financer l’entretien des équipements lourds des stades. La société devait atteindre l’équilibre financier et se passer des aides de l’Etat à partir de 2015, suite au démarrage de l’exploitation du Grand stade de Casablanca.

Rien ne s’est passé comme prévu et la société a accumulé les déficits. Le stade d’Agadir a été livré avec un an de retard. Son exploitation n’a démarré qu’à partir d’octobre 2013, soit à la veille de la Coupe du monde des clubs. Entre-temps (en 2012), Mohammed Ouzzine prend le portefeuille de la jeunesse et des sports. Selon un ancien cadre de la Sonarges, il «a rompu avec la politique de son prédécesseur». Les subventions, entre 22 et 30 MDH, en fonction des besoins d’entretien des équipements, ne sont plus octroyées. On n’en saura pas grand-chose sur les raisons du blocage, M. Ouzzine étant injoignable.

Le projet du Grand stade de Casablanca toujours dans les cartons

La Sonarges n’en avait pas fini avec les ennuis. Les travaux du Grand stade de Casablanca, une source importante de revenus, qui devaient être entamés en 2012, ne le sont toujours pas, alors que le terrain de 65 ha est sécurisé et les études architecturales achevées. Faute de ressources, la société, qui avait également débloqué 60 MDH pour l’achat du terrain, ne pouvait même plus assurer l’entretien des infrastructures existantes.

En clair, Lahcen Sekkouri a du pain sur la planche puisque le redressement demande un travail de longue haleine et des moyens financiers colossaux.

Sur ce registre, un expert du secteur assure que la société ne pourrait être remise en selle que par la privatisation. Selon lui, seul un investisseur privé pourrait bien exploiter ces infrastructures, puisque à ce moment tous les usagers des stades, en l’occurrence les clubs résidents, seront obligés de verser une contrepartie. Ce faisant, c’est l’Etat qui sera exonéré des subventions.