Un outil de travail multi-cible

Entre la perception des citoyens et la froide réalité des chiffres, le décalage est parfois important. C’est tout l’intérêt de cette approche scientifique qui constitue une première au Maroc et qui pourrait servir d’outil d’aide à  l’orientation des politiques publiques.

Le 10 mars, après un an de travail, la Commission consultative sur la régionalisation rendait publique une synthèse de ses travaux qui ont duré plus d’un an. Douze régions, 63 provinces et des disparités qu’il faudra combler, selon le principe de solidarité interrégionale, pour rendre les moins loties viables. Selon les calculs faits par les experts, il faudra débloquer entre 128 et 215 milliards de DH sur deux mandatures pour la mise à niveau.

Mais est-ce exclusivement un problème de ressources ? Le 24 septembre dernier, La Vie éco publiait l’état des finances des communes. Que ces dernières soient globalement excédentaires est déjà une surprise en soi quand on voit le manque criant d’infrastructures, ou les problèmes de maintenance de l’existant, qui caractérisent certaines villes. L’étonnement n’en est que plus grand quand on apprend  le montant de cet excédent : un cumul de 25 milliards de DH à fin août ! Un chiffre qui fait rêver…

Un chiffre qui interpelle également ? Pourquoi ne fait-on rien de cette manne alors que les besoins sont énormes ? Réponse : le manque de projets, le manque de gestionnaires de projets, le manque de vision pour les villes.
Mais encore, où investir ? Combien ? Et dans quelle optique ? Est-ce pour améliorer le confort des citoyens ou pour rendre une ville plus intéressante sur le plan des affaires ? C’est à la lumière de ces questionnements que le baromètre sur le classement des villes réalisé par le cabinet Valyans prend toute son importance. Classer les villes selon la qualité de vie et la compétitivité économique présentait un risque : celui du décalage entre la perception que se font les Marocains de leurs villes et la froide réalité des chiffres. Celui aussi des critères qui permettent de mesurer une qualité de vie par exemple. Une ville verte n’est pas nécessairement la plus intéressante sur ce volet. Encore faut-il que la vie quotidienne de ses habitants soit facilitée par l’existence de logements accessibles, de services de santé à la hauteur, d’un climat tempéré ou encore d’activités culturelles. Dans la même optique, il peut paraître banal qu’un critère comme la présence d’une wilaya, d’un centre régional d’investissement ou d’un tribunal de commerce soient parmi les critères qui permettent de mesurer la compétitivité économique. Pourtant, bien des entreprises apprécient ce gain de temps que de tels organes administratifs procurent. C’est donc à la lumière d’une batterie d’indicateurs chiffrés et pondérés selon leur importance relative que ce classement des villes a été opéré. De même, pour éviter les effets du déséquilibre naturel qui existent entre grandes agglomérations et localités, l’approche retenue a été de scinder ces 51 villes entre trois catégories (voir méthodologie).

Ce baromètre des villes est certainement perfectible et il le sera -puisque nous prévoyons d’en faire un rendez-vous annuel- en fonction de l’enrichissement des bases de données statistiques officielles sur lesquelles il repose. Mais il se positionne déjà en tant qu’outil de travail permettant d’affiner des politiques publiques, une prise de décision économique ou un choix de vie pour un ménage, notamment ceux, de plus en plus nombreux, qui n’hésitent plus à aller s’installer dans une ville satellite pour jouir d’un cadre de vie paisible et font quelques dizaines de kilomètres chaque jour pour aller au travail. Dans tous les cas, ce classement des villes constitue une première qui, nous l’espérons, fera des émules. Bonne lecture.