Un nouveau plan de soutien pour le secteur textile

Encouragement à  la naissance de deux types d’opérateurs : les agrégateurs pour doper les exportations et les converteurs pour la disponibilité des matières premières. Un Fonds de garantie « Emergence textile » sera créé pour renforcer les moyens du cycle d’exploitation des entreprises sélectionnées.

Une batterie de mesures en faveur du secteur textile, prévues dans le Pacte national pour l’émergence industrielle, sera annoncée très prochainement par le ministère du commerce et de l’industrie. Ce plan de soutien, qui permettra au secteur de surmonter ses fragilités, fait actuellement l’objet de dernières discussions entre les départements ministériels concernés (l’Economie et les Finances et le Commerce et l’Industrie) et les opérateurs, selon une source proche du dossier.
L’idée de base est d’encourager l’émergence d’un tissu industriel à forte intégration. Ce qui ne sera possible, explique-t-on au sein du ministère du commerce et de l’industrie, que grâce à deux actions centrales : l’adaptation des unités au développement des débouchés à l’export et le développement du marché local. Pour y arriver, trois types d’acteurs mèneront le jeu. Les agrégateurs, les converteurs et les distributeurs.
Les deux premiers types d’acteurs n’existent pas pour le moment en tant que tels, même si le secteur est largement pourvu en entreprises ayant adopté une approche similaire. L’agrégateur se définit comme une entreprise locomotive du secteur. Il devra consolider le tissu des acteurs autour d’activités à forte valeur ajoutée (design, sourcing, développement des produits, merchandising…). Il encadrera les façonniers pour les aider à réussir le passage de la sous-traitance vers le produit fini. Pour ce faire, l’agrégateur devra actionner trois leviers principaux : la proposition d’une offre intégrée et à forte valeur ajoutée, le démarchage agressif des donneurs d’ordre internationaux pour stimuler les exportations et le financement du cycle de production de ces agrégés, y compris l’achat des intrants. Pour le design, sa mission consiste, entre autres, à concevoir des modèles de produits finis, élaborer des plans de collection, rechercher des tendances et mener une veille sur le marché. L’agrégateur doit, à ce titre, être doté d’une équipe étoffée et très qualifiée. Le développement consiste, lui, notamment à réaliser les collections conformément au souhait de l’équipe design ou des clients. Cette étape requiert aussi un personnel très qualifié. Et en ce qui concerne la logistique, ce métier exige une solide capacité de négociations, une surface financière consistante et un large réseau de fournisseurs.

Converteurs et distributeurs bénéficieront des subventions

Les agrégateurs seront sélectionnés sur la base d’un ensemble de critères pointus et dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt qui est actuellement en cours de validation au ministère des finances. Le projet type postulant à ce statut doit avoir un impact structurant sur le secteur dans la mesure où il doit réaliser un chiffre d’affaires additionnel de 200 MDH à l’horizon 2016 et acheter un maximum d’intrants auprès des converteurs locaux. Il devra aussi avoir un business model conforme au modèle agrégateur et proposer une stratégie de développement pertinente. La sélection se fera au plus tard à la fin septembre 2011.
Une fois cette étape franchie, les agrégateurs pourront bénéficier d’un appui à l’export leur permettant de répondre aux besoins des donneurs d’ordre, et de l’accès à un fonds de garantie «Emergence Textile» qui sera créé en vue d’améliorer leurs capacités de financement de court terme (cycle d’exploitation). Il est à noter que leurs sous-traitants auront également accès à ce fonds, et pourront en outre bénéficier des programmes d’aides existants (Moussanada, Inmaa et les fonds publics-privés). Aujourd’hui, précise le ministère de l’industrie, les travaux de paramétrage du fonds de garantie sont presque bouclés.
Le converteur, deuxième acteur dont l’existence sera formalisée, est un industriel intervenant en amont du secteur, dans les filières de la filature, du tissage, du tricotage et du traitement de la matière (teinture, impression et apprêt). Il doit aussi répondre à des critères pointus. Un converteur est tenu de réaliser au moins 200 MDH de chiffre d’affaires additionnel à l’horizon 2016, contribuer à la création des matières finies et des tissus, et permettre le développement des produits.
Leur stratégie doit comporter une offre de services et de produits concurrentiels de même qu’une politique d’approvisionnement identifiant les fournisseurs et définissant le niveau de stock optimal. Ces converteurs devront aussi disposer de ressources humaines hautement qualifiées et d’un programme volontariste de mise en œuvre de leur stratégie. Une fois sélectionné, un converteur aura pour rôle d’approvisionner continuellement aussi bien les agrégateurs que les distributeurs locaux en intrants. En leur fournissant tous les intrants, il donnera aux confectionneurs les moyens de développer des collections et d’améliorer le design. L’offre des pouvoirs publics à cette nouvelle catégorie d’industriels porte sur un accompagnement financier sous forme de subvention en vue d’améliorer la rentabilité de leur projet. Cette subvention sera indexée sur les postes de coûts les plus importants du projet, notamment le coût des RH ou encore de la création de matières premières. Au même titre que l’agrégateur, les converteurs auront accès au Fonds de garantie Emergence textile en vue de renforcer leur capacité de financement. Leurs sous-traitants pourront aussi profiter des appuis prévus dans le cadre des programmes d’aides existants en vue de remédier à la faiblesse des filières amont du secteur.
Les distributeurs, troisième type d’acteurs visés, devront quant à eux actionner deux leviers afin de structurer le marché national : encourager le développement de marques marocaines, selon des normes internationales, et augmenter les surfaces de vente.

Des contrat-types seront signés avec l’Etat

Et pour favoriser le développement des distributeurs marocains, environ une dizaine actuellement, les pouvoirs publics proposent un co-financement Etat-banques pour permettre l’acquisition et l’aménagement de points de vente et des subventions pour améliorer la rentabilité du projet. Par ailleurs, les distributeurs auront accès, à l’instar des deux autres acteurs du secteur, au Fonds de garantie «Emergence textile» et aux divers programmes d’aide.
La démarche du ministère pour renforcer la chaîne de valeur du secteur passe donc par l’émergence de ces trois acteurs qui dynamiseront l’industrie, stimuleront les exportations et contribueront à la structuration de la distribution locale. Il est prévu la sélection de quinze entreprises (5 agrégateurs, 10 converteurs et 5 distributeurs) avant la fin du mois de septembre 2011. Il s’ensuivra alors la signature des contrats-types dans le cadre desquels les entreprises sélectionnées pourront bénéficier de l’appui de l’Etat et l’évaluation des offres présentées par les entreprises.